Cette puce IA d'Alibaba fait tourner DeepSeek V3, mais ses performances rivalisent avec un Apple M1…
Alibaba dévoile le XuanTie C950, la puce RISC-V la plus puissante au monde. Gravée en 5 nm, elle exécute DeepSeek V3 nativement. Mais ses benchmarks racontent une tout autre histoire.
Alibaba vient de frapper un grand coup, du moins sur le papier. Comme le détaille The Register, le DAMO Academy, la branche recherche du géant chinois, a présenté mardi le XuanTie C950. Cette puce serveur en 5 nm est présentée comme le processeur RISC-V le plus performant au monde. Elle fait tourner nativement les modèles d'IA Qwen3 et DeepSeek V3, des mastodontes à plusieurs centaines de milliards de paramètres. Mais ses benchmarks la placent au niveau d'un Apple M1, lancé en… 2020.
XuanTie C950 : 3,2 GHz, 5 nm et un record mondial pour le RISC-V
Le C950 affiche un score supérieur à 70 points au SPECint 2006. Cadencé à 3,2 GHz, il offre des performances trois fois supérieures à son prédécesseur, le C920. D'après l'analyse de la chercheuse Laurie Kirk chez Google, le résultat au SPECint 2017 le place à peu près au niveau du M1 d'Apple. Un score respectable pour du RISC-V, mais très en retrait face aux puces ARM ou x86 actuelles.
Côté spécifications, la puce embarque un moteur d'accélération IA propriétaire, le Tensor Processing Engine (TPE). Il gère les formats de données de FP16 à INT4/FP8 et atteint 8 TOPS par unité TPE. Le sous-système mémoire repose sur un cache L1 à 4 cycles de latence et des caches L2 privés par cœur. Un mode multiprocesseur permet de former des grappes de 8 cœurs via l'interconnexion XL-300.
Alibaba reste étonnamment discret sur le nombre de cœurs exact. La fiche technique parle d'un « processeur multicœur 64 bits » sans plus de détails. La gravure en 5 nm est à la portée de certains fondeurs chinois, SMIC en tête. Mais produire ces puces en masse reste un pari non garanti.
Pourquoi la Chine mise sur le RISC-V pour contourner l'embargo américain
Le choix du RISC-V n'a rien d'anodin. Cette architecture est libre et ouverte. Aucune licence ARM à payer, aucune restriction à l'exportation. Pour Pékin, c'est une voie légale de contournement des sanctions américaines sur les semi-conducteurs. Les analystes de Wall Street le confirment : développer ses propres puces réduit la dépendance aux fournisseurs étrangers et atténue le risque géopolitique.
Alibaba ne se contente d'ailleurs pas du C950. Sa filiale T-Head, qui prépare une entrée en Bourse, développe aussi les puces C908X (accélération IA), R908A (automobile) et XL200 (interconnexion). Le PDG d'Alibaba, Yongming Wu, a lui-même reconnu la semaine dernière que les puces chinoises restaient en retrait. Sa réponse : miser sur l'intégration verticale entre le silicium, le cloud Alibaba et les modèles Qwen.
Un tableau stratégiquement intéressant
C'est là que le tableau devient stratégiquement intéressant. Le C950 n'a pas vocation à battre un Ryzen ou un Graviton. Il doit faire tourner les modèles maison à moindre coût, sur une architecture que Washington ne peut pas bloquer. La Chine devrait d'ailleurs publier très prochainement des directives nationales pour encourager l'adoption du RISC-V à l'échelle du pays.
Le C950 ne gagnera aucune course de vitesse, mais c'est peut-être la première puce conçue pour gagner une guerre commerciale.
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