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L'IA détruit bien des emplois… mais pas pour les raisons que vous croyez

💡 Cas d'usagevia Journal du Net IA·Guillaume Renouard·

L'IA détruit bien des emplois… mais pas pour les raisons que vous croyez

L'IA détruit bien des emplois… mais pas pour les raisons que vous croyez

⚡ Résumé en français par Brief IA

Oracle a réalisé des licenciements massifs pour réduire les coûts liés aux centres de données, et non pour remplacer les employés par l'IA.
L'impact de ces décisions a touché des milliers d'employés, illustrant une tendance croissante dans le secteur technologique.
Cette situation souligne que l'IA est souvent utilisée pour des raisons économiques plutôt que pour l'automatisation des emplois, ce qui diffère des perceptions courantes.
💡 Pourquoi c'est important : Comprendre les motivations derrière l'adoption de l'IA peut aider les entreprises à mieux gérer la transition et à anticiper les impacts sur l'emploi.

📄 Article traduit en français

L'IA détruit bien des emplois… mais pas pour les raisons que vous croyez

Oracle est la dernière entreprise de la tech américaine à licencier massivement à cause de l'IA. Cependant, l'objectif n'est pas de remplacer ses salariés par des machines, mais d'économiser pour compenser les dépenses gargantuesques dans les centres de données.

Un jour de plus, une nouvelle annonce de licenciements massifs par une entreprise de la tech américaine. Hier, c’est le géant du cloud et du logiciel Oracle qui a annoncé la suppression de "plusieurs milliers d’emplois", invoquant notamment l’IA comme motivation. Mais si l’entreprise a déclaré qu’elle supprimait certains postes qu’elle s’attendait à voir devenir redondants avec l’essor de cette technologie, sa décision est aussi et surtout motivée par la volonté de réduire ses dépenses pour compenser ses investissements massifs dans les centres de données d’IA.

Les folles dépenses d’Oracle

Un temps considéré comme l’une des barbes grises de la tech américaine, Oracle a réussi au cours des dernières années un spectaculaire repositionnement autour de l’IA qui lui a permis de revenir en force, en misant notamment sur de petits centres de données disséminés un peu partout, ainsi que sur l’inférence plutôt que l’entraînement. Elle a notamment signé un partenariat à 300 milliards de dollars avec OpenAI, pour construire les infrastructures informatiques dont la société de Sam Altman a besoin pour passer à l’échelle. Elle fait également partie du projet Stargate lancé en grande pompe au début de la seconde administration Trump.

Mais ces dépenses dans les infrastructures de l’IA ont naturellement un coût significatif, d’autant que les entreprises sont engagées dans une course à l’armement visant à mettre en place toujours plus de puissance de calcul pour battre leurs concurrents, tandis que les retombées positives de l’IA, elles, tardent à se manifester. En décembre, Oracle a ainsi dû réviser à la hausse ses prévisions de dépenses d'investissement pour l'exercice fiscal 2026 de 15 milliards de dollars supplémentaires, qui viendront donc s’ajouter aux 35 milliards de dollars communiqués précédemment, un chiffre déjà énorme. À titre de comparaison, Oracle a dépensé 21 milliards en capex en 2025 et seulement 7 milliards en 2024.

Face à ces dépenses faramineuses, la trésorerie de ces entreprises ne suffit plus, et elles sont désormais contraintes de s’endetter. En février, Oracle a annoncé son intention de lever entre 45 et 50 milliards de dollars par le biais d'émissions de dette et d'actions en 2026 pour financer son expansion. Au même moment, Google a indiqué sa volonté d’émettre des obligations à horizon d’un siècle.

Ces dépenses finissent par inquiéter les investisseurs, d’autant que les analystes de Wall Street prévoient que les flux de trésorerie d'Oracle resteront négatifs pendant plusieurs années avant que les dépenses liées à l'IA ne commencent à porter leurs fruits, un tournant qu'ils situent (pour le moment) autour de 2030. L’entreprise est donc contrainte de licencier pour retrouver de la marge financière.

Nvidia embauche à tour de bras

Et elle est loin d’être la seule à agir ainsi. Depuis le début de l’année,

  • Salesforce a licencié mille personnes,
  • Amazon 16 000 (après déjà 14 000 personnes licenciées l’an passé),
  • Meta a annoncé sa volonté de réduire de 10% le personnel de sa division consacrée à la réalité augmentée pour se focaliser sur l’IA.
  • L’an passé, Microsoft s’est séparée de 15 000 personnes.

Ces entreprises ont toutes pour point commun d’avoir massivement investi dans les infrastructures de l’IA.

Si de nombreux experts craignent que l’IA détruise de nombreux emplois, les études menées à ce sujet ne permettent pour l’heure pas de dresser de conclusions en ce sens. "Quelle que soit la façon dont on analyse les données, on ne constate aucun impact significatif de l’IA sur le marché du travail", note ainsi une étude de l’Economic Innovation Group parue l’été dernier. Will Raderman, chercheur spécialisé dans l’évolution de l’emploi, concluait à la même période que, contrairement à ce que supposaient plusieurs articles de presse, l’IA n’était visiblement pas en cause dans l’affaiblissement du marché du travail pour les jeunes diplômés.

Comme l’affirme le politologue Ian Bremmer dans une note récente, "d'autres facteurs - guerres commerciales, inflation, taux d'intérêt élevés - ont joué un rôle plus important dans la langueur du marché du travail." Or, ces facteurs, et en particulier la hausse des taux d’intérêt, en augmentant les coûts d’emprunts, rendent également les investissements des géants de la tech plus coûteux et les poussent à licencier pour retrouver de la marge financière.

Il est intéressant, à cet égard, d’observer ce qui se passe au sein des entreprises qui tirent d’ores et déjà les marrons du feu grâce à l’IA, à savoir les spécialistes des puces nécessaires à l'entraînement et au fonctionnement des algorithmes, Nvidia en tête. Loin d’avoir licencié massivement, elle compte aujourd’hui 42 000 employés, contre 36 000 début 2023.

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