A l’université Paris-I, l’IA mise au défi de rédiger un projet de Constitution du XXIᵉ siècle

À l’université Paris-I, l’IA mise au défi de rédiger un projet de Constitution du XXIᵉ siècle
« Rédige une Constitution pour le XXIe siècle. » Ce prompt, soumis à quatre intelligences artificielles (IA), n’émane pas d’un étudiant en droit fainéant mais bien du constitutionnaliste Dominique Rousseau, inventeur du concept de « démocratie continue ». En octobre 2025, le professeur émérite a soumis cet exercice aux 22 étudiants du master droit constitutionnels et droits fondamentaux de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il leur a donné six mois pour rédiger ensemble leur propre projet de Constitution et pour confronter celui-ci aux textes produits par l’IA.
« L’enjeu est de mettre en concurrence l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle », cadre Dominique Rousseau lors de la restitution des travaux, mardi 7 avril. Au début, des étudiants ont redouté « que l’IA soit meilleure » qu’eux, confie-t-il au Monde. Mais il a fallu s’y résoudre : « En tant qu’universitaire responsable de mes étudiants, je ne peux pas les laisser passer à côté de ce qui va être leur outil de travail dans les années à venir », justifie le professeur.
Pauvreté normative
« L’IA a fait ses preuves dans une certaine mesure, reconnaît Yanis Khellafi, l’un des 22 apprentis constitutionnalistes. Elle présente des similitudes avec notre Constitution grâce à sa capacité à ratisser assez large sur la Toile et dans les textes législatifs. » Elle peut se révéler originale mais elle ne saurait en revanche « être créatrice », nuance-t-il. Il s’agit donc d’une aide mais pas d’un « substitut au travail de fond », précise l’étudiant.
Les textes produits par ChatGPT (de l’américain OpenAI), Le Chat (du français Mistral), DeepSeek (de l’entreprise chinoise éponyme) et Gemini version payante (de l’américain Google) présentent des similitudes. Dans les trois premiers cas, la brièveté des écrits – une grosse dizaine d’articles – traduit « une forme de pauvreté normative », selon les étudiants.
Plus détaillée que les autres, la Constitution produite par la version payante de Gemini – 20 pages et 68 articles – a bénéficié du fait que le prompt qui lui a été adressé était plus précis, les étudiants ayant voulu, par curiosité, tester une autre consigne. Cette IA devait agir comme « un constitutionnaliste expérimenté » tenu de rédiger « une Constitution réaliste » pour un « État occidental ». Quant au projet des étudiants, il est composé de 197 articles sur 61 pages.
Brief IA — Veille IA quotidienne
Toutes les innovations IA du monde entier, résumées et analysées automatiquement chaque jour.