Comment les entreprises profitent de l’usage dissimulé de l’intelligence artificielle au travail
Comment les entreprises profitent de l’usage dissimulé de l’intelligence artificielle au travail
Depuis que les grands modèles de langage (LLM, pour large language model) ont été rendus accessibles au grand public, l’intelligence artificielle (IA) s’est discrètement immiscée dans le quotidien des travailleurs.
Lorsque Denis (le prénom a été changé par souci d’anonymat) a découvert ChatGPT, fin 2022, le cadre en informatique s’est spontanément mis à l’utiliser au travail. Il demandait au chatbot de rédiger ses mails, définir ses objectifs, évaluer ses performances… Parmi ses collègues, même petite révolution : « Chacun utilisait un peu ce qu’il voulait », se souvient Denis, même s’ils « n’en parlai[ent] pas plus que ça ».
Cette appropriation informelle de l’IA, aussi appelée « shadow AI » (IA fantôme), n’est toutefois pas sans risques. Alimenter ses requêtes avec des données confidentielles peut provoquer des fuites, entraînant « une potentielle mise en danger du business », invoque Claire Le Touzé, vice-présidente d’AvoSial, une association d’avocats consacrée à la défense des employeurs. Côté salariés, si la manipulation d’un outil d’IA conduisait à un quelconque dommage, « la responsabilité individuelle pourrait être sanctionnée par un avertissement, voire un licenciement », avertit l’avocate.
Faut-il alors interdire cet usage ? Certains RH ont pu être tentés par cette option. Mais elle est vaine : « Nombre de salariés continuent d’y recourir, parfois via des comptes personnels ou des terminaux non contrôlés », expose un rapport très complet sur le shadow AI, produit en juillet 2025 par l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria). Ainsi, 37 % des utilisateurs de l’IA générative au travail le feraient sans en avertir leur hiérarchie, selon un sondage de l’IFOP pour Talan, mené en 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 1 100 Français. Et le chiffre est vraisemblablement sous-estimé.
Transformer le risque en aubaine
Mises devant le fait accompli, les organisations revoient aujourd’hui leur position. « Le shadow AI existe, qu’on le veuille ou non », pose Laurence Breton-Kueny, vice-présidente de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH). « Ça n’est pas forcément négatif, dès l’instant qu’il y a un pilotage suffisamment sécurisé. »
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