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Blocage américain sur l'IA d'Anthropic : l'Europe s'inquiète
Au sommet du G7 à Évian-les-Bains, les dirigeants des sept pays les plus riches ont discuté d’un mécanisme de « partenaires de confiance » pour contourner le blocage américain sur les modèles d’IA d’Anthropic. Cinq jours plus tôt, Washington avait coupé l’accès aux modèles Mythos 5 et Fable 5 pour tous les non-ressortissants américains.
Au déjeuner de travail du G7, le patron d'Anthropic, Dario Amodei, a demandé aux dirigeants présents de « résister à la tentation de se fragmenter » face à l'IA. Le 12 juin, le Bureau of Industry and Security du département américain du Commerce a adressé à Anthropic une directive lui ordonnant de suspendre l’accès à Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger. Quatre jours après leur lancement, les deux modèles les plus avancés de la société sont devenus inaccessibles dans le monde entier. L’administration Trump a officiellement invoqué des raisons de sécurité nationale, tandis qu’Amazon aurait signalé à la Maison-Blanche que certaines barrières de sécurité des modèles pouvaient être contournées.
Les trois dirigeants souhaitent une coopération pilotée par les États-Unis sur le développement des modèles, en alertant sur les risques qu’une fracture des alliances démocratiques ferait peser en matière de bioterrorisme et de cybersécurité.
Emmanuel Macron et Narendra Modi s’alarment du risque de coupure unilatérale. Emmanuel Macron a averti ses homologues que si Washington pouvait « du jour au lendemain couper le commutateur », les entreprises américaines d’IA elles-mêmes en pâtiraient. Narendra Modi a exprimé les mêmes inquiétudes et jugé indispensable que les nations démocratiques accèdent sans restriction aux modèles avancés pour protéger leurs infrastructures critiques.
En marge du dîner d’ouverture, plusieurs délégations ont abordé l’idée d’un statut de « partenaire de confiance » lors d’échanges avec Howard Lutnick, secrétaire américain au Commerce. Selon trois sources diplomatiques citées par Reuters, ce statut s’appliquerait aussi bien à des pays qu’à des entreprises privées, avec pour perspective de renforcer les défenses en cybersécurité des alliés face à la Chine. La Maison-Blanche a indiqué maintenir « une ligne de communication ouverte avec ses alliés ». Aucun accord n’a toutefois été conclu lors du sommet.
Mythos 5 retiré aux 150 organisations qui l’utilisaient pour scanner des infrastructures
Avant la directive du 12 juin, Anthropic avait déjà accordé l’accès à Mythos 5 à environ 150 organisations réparties dans plus de quinze pays dans le cadre du projet Glasswing. Il s’agissait des secteurs d’infrastructure critique, énergie, eau, santé, télécommunications. Parmi les pays concernés figuraient la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, l’Inde, l’Australie et la Corée du Sud, selon le Financial Times. Mythos 5 est conçu pour détecter des failles dans les systèmes informatiques. Des experts en cybersécurité estiment cependant qu’il pourrait aussi accélérer certaines catégories d’attaques contre les systèmes bancaires. Plus de 120 spécialistes ont adressé une lettre ouverte au département du Commerce pour contester la directive.
Arthur Mensch, P.-D. G de la française Mistral AI, a souligné lors du sommet que la question primordiale pour les pays non américains était celle du contrôle de leur chaîne d’approvisionnement en IA. Aidan Gomez, cofondateur et P.-D.G de Cohere, entreprise canadienne spécialisée dans l’IA en entreprise, a jugé que la dépendance envers un petit nombre de grands groupes technologiques américains nuisait directement à la résilience économique et à la souveraineté nationale des pays alliés.
Washington a rejeté la demande d’exemption bilatérale négociée directement par le Premier ministre britannique Keir Starmer, un revers qui, aux yeux de plusieurs délégations, renforce l’intérêt d’un cadre multilatéral. Le statut de « partenaire de confiance » resterait défini à Washington et révocable unilatéralement.






