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Anthropic ouvre Mythos à l'ENISA après des semaines de négociations
Depuis avril, l'Union européenne cherchait à obtenir l'accès à Mythos, l'intelligence artificielle développée par Anthropic, spécialisée dans la détection des failles critiques. Après plusieurs mois de discussions, Anthropic a finalement consenti à ouvrir son modèle à l'agence européenne de cybersécurité, l'ENISA. Cette décision marque un tournant significatif, car c'est la première fois qu'une institution de l'Union européenne accède à un tel outil.
Des responsables de la Commission européenne ont même fait le déplacement jusqu'à San Francisco pour négocier cet accès, soulignant l'importance stratégique de Mythos. Selon des informations rapportées par Bloomberg et le Financial Times le 1er juin, l'accord a été conclu, mais il reste encore à déterminer les modalités exactes de cette collaboration.
Un accès sous conditions : les négociations en cours
La décision d'Anthropic de partager Mythos avec l'ENISA s'inscrit dans le cadre du Project Glasswing, un consortium exclusif lancé le 7 avril, regroupant des partenaires prestigieux comme AWS, Apple, Google, Microsoft, et NVIDIA. L'ENISA deviendrait ainsi la première entité publique non américaine et non britannique à accéder à ce modèle.
Cependant, les discussions sont loin d'être terminées. Selon Laura Heuvinck, porte-parole de l'ENISA, les conditions de cet accès sont encore en négociation. Du côté de la Commission européenne, Thomas Regnier, porte-parole pour la souveraineté technologique, a mentionné des "réunions productives" avec Anthropic, mais sans donner plus de détails. Rien n'est encore signé, et les discussions se poursuivent pour définir les termes exacts de cet accord.
Les enjeux de l'accès aux infrastructures européennes
L'accès de l'ENISA à Mythos soulève des questions cruciales sur la souveraineté des données. En permettant à une agence européenne d'utiliser un outil aussi puissant, l'Europe offre également à Anthropic une vue potentielle sur ses infrastructures critiques. Ce point de friction est central dans les discussions : il ne s'agit pas seulement de ce que l'Europe obtient, mais aussi de ce qu'Anthropic pourrait voir.
Bruxelles n'est cependant pas sans ressources. OpenAI a récemment lancé son propre modèle de cybersécurité, GPT-5.4 Cyber, offrant ainsi une alternative aux institutions européennes. De plus, l'Europe envisage de développer ses propres solutions. BNP Paribas collabore déjà avec Mistral AI pour créer une alternative souveraine dédiée à la cybersécurité bancaire, illustrant la volonté du continent de réduire sa dépendance aux technologies américaines.
L'impact réglementaire et les implications pour l'Europe
L'ENISA joue un rôle clé dans la cybersécurité européenne, notamment en gérant la base de données des vulnérabilités prévue par la directive NIS2. L'accès à Mythos renforcerait considérablement ses capacités, mais pose aussi la question de la dépendance vis-à-vis des technologies américaines.
L'accord avec Anthropic ne résout pas tous les problèmes. Une fois l'ENISA en mesure d'utiliser Mythos, d'autres entités, comme les centres nationaux de cybersécurité et le secteur financier, pourraient également réclamer un accès direct. La Banque centrale européenne a déjà demandé aux banques de la zone euro de corriger des vulnérabilités identifiées par Mythos, soulignant l'importance de cet outil pour la sécurité financière.
Une dépendance persistante malgré les avancées
Bien que l'accès à Mythos soit une victoire pour l'Europe, il met en lumière sa dépendance continue aux technologies américaines. L'Union européenne régule, taxe et encadre les géants de la tech, mais doit encore compter sur eux pour ses besoins en cybersécurité. Le feu vert de Washington reste un préalable incontournable.
À moins que des initiatives comme celle de Mistral AI n'aboutissent à des percées significatives, l'autonomie stratégique de l'Europe dans ce domaine dépendra encore des négociations transatlantiques. Cette situation souligne la nécessité pour l'Europe de développer ses propres capacités pour garantir sa souveraineté numérique.
