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IA et souveraineté : la France face aux dépendances

💼 Business & Startups·Tom Levy·

IA et souveraineté : la France face aux dépendances

IA et souveraineté : la France face aux dépendances
Key Takeaways
1La France doit naviguer entre souveraineté technologique et dépendances choisies pour renforcer son écosystème IA.
2Des experts soulignent l'importance de la résilience et de la gestion des dépendances dans le développement de l'IA.
3L'État français joue un rôle clé en tant que régulateur et financeur pour soutenir les champions nationaux de l'IA.
💡Why it mattersLa stratégie française en matière d'IA pourrait déterminer sa compétitivité et son indépendance technologique face aux géants mondiaux.
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Full Analysis

L'IA, un enjeu stratégique pour la France

L'intelligence artificielle (IA) est devenue un pilier incontournable des infrastructures stratégiques modernes. Pour la France, la question de la souveraineté technologique ne se résume plus à la simple émergence de champions nationaux. Il s'agit désormais de choisir judicieusement ses dépendances, de mobiliser la commande publique, d'orienter les flux de capitaux et de protéger les actifs sensibles. Cette approche est cruciale pour garantir l'indépendance et la sécurité technologique du pays.

Les défis des investissements dans l'écosystème IA

Lors de l'événement VivaTech, trois experts du financement et du droit ont abordé le sujet complexe des investissements dans l'écosystème IA. Le 17 juin, David Chekroun, professeur de droit à l'ESCP, Cassandre Gosselin, responsable de programme digital Innovation chez Bpifrance, et Julien Tanguy, CEO du groupe Lefebvre, ont partagé leurs perspectives. L'IA couvre une vaste chaîne de produits et services, incluant les métaux rares, le cloud computing et les modèles de langage de grande taille (LLM). La notion de souveraineté varie selon les acteurs, et les investissements concernent aussi bien les fonds publics que privés. Ces discussions ont permis de clarifier les enjeux et de renforcer les convictions des participants.

Comprendre la souveraineté numérique

La souveraineté numérique s'étend sur plusieurs dimensions : production, capital, savoir-faire, et stockage des données. Les experts ont insisté sur l'importance de la "gestion des dépendances", soulignant qu'il est impossible d'être souverain dans tous les domaines. David Chekroun a mis en avant la résilience, une notion plus opérationnelle qui résonne particulièrement auprès des directeurs des systèmes d'information (DSI). La résilience se définit comme la capacité à absorber et gérer les chocs en cas de rupture d'approvisionnement. Des initiatives telles que l'indice de résilience numérique, développé par l'Institut Polytechnique de Paris, PSL et ESCP Business School, illustrent cette approche.

Les alternatives souveraines dans les LLM

Dans le domaine des modèles de langage de grande taille (LLM), les alternatives souveraines sont encore limitées. Mistral, une entreprise française, est l'une des rares exceptions, bien que la qualité de ses réponses soit parfois débattue. Cassandre Gosselin a défendu Mistral, soulignant que Bpifrance a signé un partenariat stratégique en mai dernier pour intégrer l'intelligence artificielle générale de Mistral AI dans ses opérations. Ce partenariat inclut le déploiement de l'assistant conversationnel "Le Chat" pour tous les collaborateurs de Bpifrance. Depuis sa première levée de fonds en 2023, Mistral AI est soutenue par Bpifrance pour devenir un acteur majeur de l'écosystème mondial de l'IA.

La maîtrise de la qualité des réponses

Julien Tanguy a souligné l'importance de la maîtrise de la qualité des réponses dans la démarche de génération augmentée par récupération (RAG). Cette technique connecte un LLM à une base de données précise, permettant de contextualiser les réponses de l'IA. Le groupe Lefebvre a développé GenIA-L, une intelligence artificielle interne qui repose sur l'immense base de données du groupe. Cette solution représente désormais deux ventes sur trois, générant un revenu annuel récurrent (ARR) de 120 millions d'euros sur un total de 600 millions d'euros.

Les leviers juridiques et financiers pour la souveraineté

David Chekroun a rappelé que la France dispose de mécanismes de contrôle des investissements étrangers pour protéger ses intérêts nationaux. Depuis 2019, l'IA est explicitement incluse parmi les technologies critiques soumises à ce contrôle, au même titre que la cybersécurité, la robotique, et les biotechnologies. Les autorisations peuvent inclure des engagements sur le maintien en France du siège social, des activités sensibles, et la protection des informations stratégiques.

L'État français joue un rôle clé en tant que client, financeur, et régulateur. Le mécanisme de contrôle des exportations de biens à double usage et la protection du potentiel scientifique de la Nation (PPST) renforcent cette résilience. Cependant, attirer des investisseurs étrangers reste crucial, comme le montre l'initiative "Choose France". La France doit trouver un équilibre entre souveraineté et attractivité.

Construire des champions nationaux

Pour construire des champions nationaux, trois leviers sont essentiels : une commande publique ciblée, des capitaux significatifs, et la multiplication des partenariats industriels. Le groupe Lefebvre note la multiplication des acteurs sur le marché de l'IA juridique, avec une présence croissante d'entreprises anglo-saxonnes. Chez Bpifrance, Cassandre Gosselin sélectionne des prestataires français lorsque cela est possible, pour répondre aux exigences réglementaires françaises et européennes.

Bpifrance a alloué dix milliards d'euros à l'écosystème IA dans le cadre du programme France 2030. La participation de Bpifrance reste minoritaire, sans intention de prendre le contrôle des entreprises accompagnées. La Caisse des Dépôts et l'Agence des participations de l'État (APE) sont également impliquées, avec des investissements significatifs pour soutenir l'innovation numérique.

L'échelle européenne, un enjeu crucial

À l'échelle européenne, la coopération est indispensable. Aucun État membre ne peut rivaliser seul avec les investissements américains et chinois. Les règlements européens, tels que le RGPD, le Cloud Act, et l'AI Act, soulignent l'importance d'une approche collective. Mistral AI a vu son premier actionnaire devenir le néerlandais ASML lors de sa levée de fonds en septembre dernier, illustrant la nécessité de collaborations transfrontalières.

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