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L'IA en crise de popularité aux États-Unis : Big Tech sous pression
La technologie de l'intelligence artificielle, autrefois célébrée comme une avancée majeure, est aujourd'hui confrontée à une impopularité croissante aux États-Unis, surpassant même celle de l'ICE, l'agence de l'immigration. Cette désaffection traverse les lignes politiques traditionnelles et pousse les dirigeants de l'IA à revoir leur communication, souvent perçue comme alarmiste.
Le 15 mai dernier, lors d'une cérémonie de remise de diplômes à l'Université d'Arizona, Eric Schmidt, ancien PDG de Google, a tenté de convaincre les étudiants de l'impact monumental de l'IA. Cependant, son discours a été accueilli par des huées, illustrant le scepticisme ambiant. Cet incident, bien que ponctuel, reflète une tendance plus large de méfiance envers l'IA parmi le public américain, historiquement technophile.
Un scepticisme généralisé et bipartisan
Une enquête menée par le Pew Research Center en septembre 2025 a révélé que 50% des adultes américains se montrent plus inquiets qu'enthousiastes à l'égard de l'IA, tandis que seulement 10% partagent un avis contraire. Un sondage de NBC News en mars 2026 a confirmé cette tendance, avec 57% des électeurs estimant que les risques de l'IA surpassent ses avantages. Ces résultats sont d'autant plus significatifs que les géants de l'IA sont majoritairement américains, ce qui élimine les craintes de perte de souveraineté technologique, fréquentes en Europe.
Ce rejet de l'IA transcende les clivages politiques habituels. Alors que la Silicon Valley se rapproche de Donald Trump, on pourrait s'attendre à une opposition principalement démocrate. Cependant, un sondage de l'Université du Maryland en août 2025 montre un soutien bipartisan fort pour la régulation de l'IA : 84% des républicains et 81% des démocrates souhaitent que les entreprises soumettent leurs IA à des tests gouvernementaux avant leur déploiement.
Les jeunes générations, en particulier, expriment un scepticisme croissant. Un sondage d'avril, mené par Gallup, la Walton Family Foundation et GSV Ventures, indique que seulement 22% des Américains de la génération Z sont enthousiastes à propos de l'IA, contre 36% l'année précédente. Cette désaffection est souvent attribuée aux difficultés rencontrées par les jeunes sur le marché du travail, que certains lient à l'adoption de l'IA par les entreprises, bien que cette hypothèse soit contestée par certains économistes.
Opposition aux centres de données : un casse-tête pour la Silicon Valley
Le rejet de l'IA se manifeste également par une opposition croissante à l'implantation de centres de données, essentiels pour le développement de l'IA. Selon un sondage, 71% des Américains s'opposent à la construction de ces infrastructures près de chez eux, un taux supérieur à celui concernant les centrales nucléaires.
Cette opposition se traduit par des actions concrètes. À Festus, dans le Missouri, quatre membres du conseil municipal ont été évincés après avoir approuvé un projet de centre de données de 6 milliards de dollars. Inspirées par cet exemple, de nombreuses communes cherchent à interdire de nouveaux centres de données, une menace sérieuse pour les Big Tech dans un pays où la démocratie locale est très influente.
En 2025, environ 156 milliards de dollars de projets ont été bloqués ou retardés en raison de l'opposition locale, selon Data Center Watch. Au premier trimestre de cette année, vingt projets ont été annulés, et de nombreux autres font face à des obstacles similaires.
Les politiques commencent à réagir. Le sénateur républicain du Missouri, Josh Hawley, et le sénateur démocrate du Connecticut, Richard Blumenthal, ont proposé une loi pour que les centres de données trouvent des sources d'énergie indépendantes. Nancy Mace, représentante républicaine de Caroline du Sud, a proposé un moratoire d'un an sur la construction de nouveaux centres de données dans son État, tandis qu'un élu du Texas souhaite interdire tout nouveau développement de centres de données d'IA, invoquant des préoccupations sur les coûts pour les agriculteurs et la pression sur le réseau électrique.
Des actes plus violents ont également été signalés : dans l'Indiana, des coups de feu ont été tirés sur la maison d'un conseiller municipal favorable à un projet de centre de données. Le domicile de Sam Altman a aussi été la cible d'un cocktail molotov.
Une communication à revoir pour la Silicon Valley
L'impopularité de l'IA pose un problème majeur de relations publiques pour la Silicon Valley. Des experts soulignent depuis longtemps que le discours alarmiste des dirigeants de l'IA contribue à l'hostilité croissante du public. "Notre produit va vous rendre économiquement inutile et peut-être même vous tuer" n'est pas un argument très vendeur, écrivait l'économiste Noah Smith en mars dernier.
Selon lui, les leaders de l'IA ont exagéré l'impact de leur technologie pour attirer les investissements, mais se retrouvent maintenant piégés par un discours peu attrayant pour le public. "Au début, séduire les entreprises et les investisseurs avec la promesse de réduire les coûts salariaux était peut-être une bonne stratégie, mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Le public américain, et probablement celui d'autres pays, valorise avant tout le bien-être économique en termes d'emploi. Peu de gens sont prêts à accepter une vie d'assistés, avec tout ce que cela implique de dépendance et de précarité."
Même Donald Trump a récemment admis que l'IA avait besoin d'une meilleure stratégie de communication. Conscients de ce problème, les dirigeants de l'IA ont commencé à ajuster leur discours. "Nous voulons construire des outils pour augmenter et élever les gens, pas pour les remplacer", a déclaré Sam Altman sur son compte X le 1er mai. Marc Andreessen, du fonds Andreessen Horowitz, a affirmé que l'IA créerait des emplois plutôt que de les détruire, tandis que Jensen Huang a critiqué ses collègues associant l'IA à des pertes d'emplois.
Cependant, les risques mis en avant par ces entrepreneurs pendant des années, tels que le chômage de masse ou les armes autonomes, ne disparaîtront pas du jour au lendemain des esprits. Il faudra plus qu'un simple changement de discours pour convaincre le public que l'IA apportera plus de bien que de mal.


