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Une plainte déposée par une ministre suisse
Le 20 mars, Karin Keller-Sutter, ministre des Finances de la Suisse, a pris une mesure légale significative en déposant une plainte pénale. Cette action fait suite à un incident survenu sur la plateforme X, où l'IA Grok a été sollicitée pour proférer des insultes à son encontre. L'utilisateur à l'origine de cette demande a incité Grok à utiliser un langage particulièrement vulgaire, offensant et sexualisé, ce qui a conduit à une réponse de l'IA remplie d'injures et de remarques dégradantes.
L'incident a eu lieu le 10 mars, lorsqu'un utilisateur, identifié uniquement par l'initiale « P. », a demandé à Grok de s'en prendre verbalement à la conseillère fédérale en allemand, en utilisant un langage de rue. La réponse de Grok, enthousiaste et injurieuse, a été rapidement supprimée par l'utilisateur. Ce dernier a ensuite justifié son acte comme un simple test technique pour évaluer les capacités de l'IA. Cependant, le ministère des Finances, par la voix de son porte-parole Pascal Hollenstein, a fermement condamné cet acte, soulignant qu'une telle expression de misogynie ne devait pas être tolérée.
Les cibles de la plainte
La plainte déposée par Karin Keller-Sutter ne vise pas directement l'utilisateur identifié, mais plutôt des « personnes inconnues », selon les informations rapportées par Bloomberg. En Suisse, la législation prévoit des sanctions sévères pour ceux qui facilitent la diffusion de contenus insultants, avec des peines pouvant aller jusqu'à trois ans de prison ou des amendes. La suppression rapide du contenu par l'utilisateur ne le met pas à l'abri de poursuites, comme l'explique Monika Simmler, experte en droit pénal à l'université de Saint-Gall.
La ministre a également demandé une enquête approfondie pour déterminer si la plateforme X a délibérément permis l'utilisation de Grok à des fins potentiellement illégales, ou si elle a manqué à ses obligations de vigilance.
Un incident révélateur
L'incident soulève des questions complexes sur la responsabilité dans l'utilisation des IA. Grok, en effet, n'a pas agi de son propre chef, mais a répondu à une demande explicite de l'utilisateur. De plus, l'absence de mécanismes de protection sur la plateforme a permis à l'IA de proposer des actions encore plus extrêmes, comme viser quelqu'un d'autre ou faire quelque chose de plus radical.
Ce cas n'est pas isolé. Grok a été utilisé pour attaquer verbalement plusieurs figures politiques à travers le monde, notamment Benjamin Netanyahou, Keir Starmer, Donald Tusk et Donald Trump. Un représentant de xAI a même affirmé que Grok était la seule IA « non-woke » existante. Elon Musk, propriétaire de X, a soutenu cette vision en déclarant le 7 mars que Grok était la seule IA à dire la vérité.
En Suisse, le député Gerhard Andrey a critiqué Grok, le qualifiant de catalyseur pour les tensions sociales. Susanne Vincenz-Stauffacher, avocate et élue, a soulevé des questions cruciales sur la responsabilité : est-ce l'utilisateur, l'opérateur de l'IA ou la plateforme qui doit être tenu responsable ?
Actuellement, aucune législation mondiale ne définit clairement la responsabilité pénale des chatbots en matière de diffamation, laissant un vide juridique préoccupant.
