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Une position initiale contre la régulation stricte
En février 2025, le vice-président JD Vance a pris la parole lors du Paris AI Action Summit pour exposer la position de l'administration Trump sur la régulation de l'intelligence artificielle. Il a mis en garde contre le danger que des réglementations trop strictes pourraient représenter pour une industrie en pleine expansion. Selon lui, ces règles pourraient étouffer une technologie prometteuse au moment même où elle commence à prendre son essor. Vance a également suggéré que certaines entreprises d'IA, en demandant à être régulées, pourraient chercher à éliminer la concurrence future.
Les propos de Vance reflètent une opinion largement partagée parmi les responsables de l'administration Trump, selon laquelle les craintes entourant les capacités de l'IA sont souvent exagérées. David Sacks, responsable de l'IA et des crypto-monnaies à la Maison Blanche, a parlé d'un "complexe industriel de la peur" qui utiliserait une "stratégie sophistiquée de capture réglementaire basée sur la peur". Michael Kratsios, à la tête du Bureau de la politique scientifique et technologique, a critiqué les efforts internationaux pour réguler l'IA, affirmant qu'ils entretiennent une atmosphère de peur.
Une campagne de lobbying contre la régulation
L'administration Trump a soutenu sa position par une campagne de lobbying visant à empêcher l'adoption de réglementations sur l'IA au niveau des États. Selon Axios, des responsables de l'administration ont fait pression sur des législateurs républicains dans des États comme le Nebraska et le Tennessee pour affaiblir ou abandonner des projets de loi qui imposeraient des exigences de sécurité et de transparence aux entreprises d'IA.
Ce qui rend cette situation particulièrement notable, c'est que Trump envisage de raviver une idée de l'ère Biden qu'il avait précédemment rejetée : la révision gouvernementale préalable des nouveaux modèles d'IA puissants.
Vers une révision gouvernementale des modèles d'IA
Des discussions sont en cours au sein de l'administration pour mettre en place un décret exécutif créant un groupe de travail sur l'IA. Ce groupe rassemblerait des dirigeants technologiques et des responsables gouvernementaux pour examiner les procédures de supervision potentielles. Parmi les propositions figure un processus formel de révision gouvernementale pour les nouveaux modèles d'IA, similaire à celui en cours de développement au Royaume-Uni, où plusieurs organismes gouvernementaux sont chargés de s'assurer que les modèles respectent certaines normes de sécurité.
Sous l'administration Biden, un décret exécutif avait été émis pour obliger les entreprises d'IA à effectuer des tests de sécurité et à partager les résultats avec le gouvernement avant de lancer de nouveaux modèles. Trump avait révoqué cet ordre dès le début de son second mandat, remplaçant ces exigences par un nouvel ordre visant à "éliminer les obstacles au leadership américain en intelligence artificielle".
Le cas Mythos et ses implications sécuritaires
Le changement de cap de l'administration Trump est en partie motivé par le modèle Mythos d'Anthropic. Ce modèle, actuellement en avant-première pour un nombre limité d'entreprises, a démontré sa capacité à développer des exploits de cybersécurité, ce qui inquiète le gouvernement en raison des risques potentiels pour la sécurité nationale. La Maison Blanche s'oppose à l'élargissement de l'accès à Mythos, craignant que l'entreprise n'ait pas assez de puissance de calcul pour servir les clients gouvernementaux, bien qu'Anthropic conteste cette affirmation.
Paradoxalement, l'administration Trump a également cherché à désigner Anthropic comme un "risque pour la chaîne d'approvisionnement" en raison de son refus de modifier un contrat avec le Pentagone. Cette désignation est défendue devant les tribunaux, tandis que l'administration travaille simultanément à élargir l'accès à Mythos pour les agences gouvernementales.
Un environnement réglementaire en mutation
L'industrie de l'IA fait face à un environnement réglementaire qui rappelle celui de l'ère Biden, où les entreprises doivent soumettre leurs modèles au gouvernement pour révision avant de les lancer. Google, Microsoft et xAI ont récemment annoncé qu'ils donneraient au gouvernement un accès anticipé à leurs modèles, avec des révisions gérées par le Centre pour les normes et l'innovation en IA du Département du Commerce des États-Unis.
Avant l'arrivée de Trump, cet organisme était connu sous le nom d'Institut de sécurité de l'IA des États-Unis. Son nom a été changé en juin dernier pour refléter une approche moins restrictive. Cependant, moins d'un an plus tard, l'administration semble réévaluer sa position face aux préoccupations croissantes en matière de sécurité.
Des tensions internes et des enjeux internationaux
La National Security Agency utilise désormais le modèle Mythos pour identifier des vulnérabilités dans les produits Microsoft, tout en anticipant que des nations étrangères pourraient utiliser des technologies similaires contre les infrastructures critiques américaines. Cette situation met l'administration Trump en désaccord avec sa propre base, alors que le public manifeste de plus en plus son opposition aux centres de données et autres symboles de la puissance de l'IA.
Le discours de l'administration sur l'IA, centré sur l'idée de "devenir riche et battre la Chine", n'a pas réussi à convaincre au-delà des cercles de capital-risque. En conséquence, l'effort de Trump pour imposer un moratoire sur la plupart des réglementations au niveau des États semble de moins en moins réalisable.
Vers une coopération internationale ou un contrôle accru ?
La diminution de l'influence des partisans de l'accélération technologique pourrait entraîner une pression accrue pour élargir les contrôles à l'exportation sur les puces puissantes vers la Chine. Un développement moins probable, mais souhaitable, serait que les États-Unis renouent avec des alliés comme le Royaume-Uni, le Japon et la Corée pour élaborer une stratégie commune de gouvernance des modèles d'IA.
Cependant, des critiques craignent que l'administration Trump n'utilise un éventuel régime de licence pour censurer les modèles jugés "woke" ou pour exercer des pressions sur les entreprises. Cette inquiétude est alimentée par la possibilité que la Maison Blanche impose des restrictions similaires à celles de la Federal Communications Commission, mais appliquées à l'IA.
Un an après le discours de Vance à Paris, l'administration Trump commence à prendre au sérieux les préoccupations de sécurité liées à l'IA. Les modèles deviennent de plus en plus puissants et potentiellement dangereux, et ce que Sacks qualifiait autrefois de "complexe industriel de la peur" inclut désormais un nombre croissant d'agences fédérales et de responsables de l'administration Trump. Bien qu'ils auraient dû prêter attention à ces préoccupations dès le départ, il est rassurant de constater qu'ils les prennent enfin au sérieux.
