Anthropic condamnée à 1,5 Md$, formation jugée légale

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Le cadre du droit d’auteur autour de l’IA se construit par touches successives. Un tribunal a validé la légalité de l’entraînement des modèles d’Anthropic mais a sanctionné des sources piratées, tandis qu’un autre a rejeté l’usage équitable quand l’objectif était de concurrencer une grande entreprise de services d'information. Par ailleurs, une œuvre 100 % générée par IA n’est pas protégeable. Entre ces jalons et des procédures encore nombreuses, aucune réponse définitive ne s’impose pour l’instant.
Des contentieux ouverts et des décisions encore provisoires
La plupart des entreprises d’IA sont aujourd’hui impliquées dans des procédures judiciaires sur ces sujets, et aucune solution définitive n’est attendue à court terme. Cathy Gellis juge que les premières décisions ont un poids, mais qu’elles pourraient être contredites si d’autres juridictions statuent différemment. Elle anticipe que des étapes ultérieures du contentieux détermineront quelle position prévaudra. Selon elle, ces décisions en cours façonnent déjà la situation et il serait imprudent pour les entreprises d’IA de les ignorer.
Œuvres générées par IA : protection refusée si la création est 100 %
Cathy Gellis distingue le débat sur l’entraînement des modèles de celui portant sur les contenus produits par l’IA. Dans Thaler contre Perlmutter, le tribunal a jugé qu’une œuvre 100 % générée par l’IA ne peut pas être protégée par le droit d’auteur. Cette ligne ouvre des difficultés pratiques : établir qu’une œuvre a été générée avec l’IA et, le cas échéant, déterminer quel pourcentage relève d’une création ou d’une assistance par l’IA. Gellis rappelle qu’utiliser un correcteur orthographique de Microsoft Word n’attribue pas la propriété du texte à l’éditeur du logiciel, et estime que l’IA oblige à revisiter de nombreuses décisions jusque-là tenues pour acquises.
Usage équitable : critères juridiques et poids de la concurrence
Beaucoup de différends passent par l’« usage équitable », c’est-à-dire l’utilisation de contenus protégés sans autorisation lorsqu’elle est suffisamment transformatrice. Les tribunaux apprécient notamment le but et la nature de l’usage, la quantité prélevée et l’impact sur le marché. Jason Henderson rappelle que le droit d’auteur vise la protection et la croissance du marché, tout en constatant des raisonnements variés selon les tribunaux. Selon lui, lorsque l’entraînement sert à concurrencer directement, les juridictions se montrent défavorables, et lorsqu’il n’y a pas de concurrence, elles tendent à trouver l’usage acceptable.
Affaire Ross : pas d’usage équitable pour bâtir un concurrent
Thomson Reuters a poursuivi Ross Intelligence pour copie de contenus en vue d’une plateforme juridique concurrente basée sur l’IA. Le juge Stephanos Bibas a estimé que l’usage de Ross n’était pas transformatif et a conclu à l’absence d’usage équitable dans ce scénario de concurrence directe. L’argument, parfois avancé, selon lequel les chatbots concurrenceraient les auteurs en générant des livres synthétiques à partir de leurs œuvres n’a, à ce stade, pas convaincu les tribunaux.
Anthropic : formation jugée légale, sources illicites sanctionnées
Dans l’un des premiers jugements de ce type, le juge William Alsup a ordonné à Anthropic de verser 1,5 milliard de dollars à des écrivains dont les œuvres avaient été utilisées, tout en jugeant légale la formation de ses modèles. La sanction visait l’obtention illicite des livres, prélevés sur des bibliothèques en ligne illégales. Alsup a décrit des modèles entraînés pour créer autre chose que des copies et a comparé l’ingestion de trillions de mots à l’étude de la littérature par un auteur. Pour Cathy Gellis, ce cadre est plutôt favorable aux entreprises d’IA : elle met en perspective une amende de 1,5 milliard face à une entreprise envisageant environ 200 milliards de revenus annuels d’ici 2028 et se félicite que le juge ait assimilé l’entraînement à la lecture plutôt qu’à la copie. Elle rappelle que, selon elle, le droit d’auteur repose sur la copie, pas sur l’usage ou la lecture d’une œuvre.
Un droit de 1976 face à des corpus d’entraînement massifs
La loi américaine sur le droit d’auteur n’a pas été révisée depuis 1976, si bien que les juges naviguent avec des lignes directrices vieilles d’environ 50 ans face à des usages d’IA récents. Or les grands modèles qui alimentent ChatGPT, Gemini ou Claude sont entraînés sur des corpus immenses : des centaines de millions de livres, des articles en ligne, des publications académiques et, plus largement, des contenus trouvables sur Internet. De nombreux auteurs publiés auraient ainsi contribué sans en être informés ni y consentir. Pour Cathy Gellis, praticienne du droit d’auteur et des technologies, ce contexte nourrit un débat complexe, aux sensibilités opposées.
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