Bill Gates : IA plus risquée, taxe et emplois réservés aux humains

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Bill Gates ne se contente plus d’un optimisme prudent sur l’intelligence artificielle. Il décrit des risques précis — emploi, armes biologiques, santé mentale —, appelle à une régulation internationale et à une taxe symbolique, et assume un revirement par rapport à ses positions récentes. D’autres figures de l’IA formulent des alertes chiffrées et des propositions proches.
Un ton plus sévère et des mises en garde chiffrées dans l’industrie
Bill Gates a durci son appréciation de l’IA par rapport à 2018 et 2022, quand il évoquait des effets positifs comme des vacances prolongées, davantage d’emplois sociaux, la reconversion et une redistribution plus équitable. En septembre 2024, il doutait encore d’un changement profond du problème de la désinformation, alors que des études indiquaient qu’un modèle comme GPT-4, muni d’informations personnelles, pouvait accroître l’accord avec des arguments de 81,7 % par rapport à des débats humains. Il n’est pas isolé. En 2024, Dario Amodei a mis en garde contre des armes biologiques générées par l’IA et pronostiqué qu’en 2025 jusqu’à la moitié des emplois débutants de bureau pourraient disparaître, avec un chômage entre 10 et 20 %. Il a aussi mentionné une taxe symbolique. L’idée d’une instance internationale a des précédents, avec la proposition en 2023 de Gary Marcus et Anka Reuel d’une agence mondiale à but non lucratif, et un rapport américain de 2024 détaillant des inquiétudes anonymes d’employés de grandes entreprises d’IA sur la sécurité et les incitations des dirigeants. Gates admet un possible conflit d’intérêts du fait de liens financiers persistants avec le secteur, en précisant que les bénéfices vont à la Fondation Gates. Il relate par ailleurs avoir été choqué, en programmation, par l’outil Claude Code d’Anthropic, au point d’admettre que ces systèmes puissent désormais le dépasser sur ce terrain.
Ce que Gates demande aux pouvoirs publics
Bill Gates rejette l’idée d’une auto-régulation de l’IA et appelle à un processus démocratique appuyé par de nouvelles institutions, nationales et internationales, inspirées des régimes de surveillance du nucléaire, de l’aviation ou encore de la protection de la couche d’ozone. Il propose une taxe symbolique sur l’utilisation de l’IA et des robots. Il avance que l’emploi humain est aujourd’hui grevé de cotisations, tandis que l’achat d’un robot est immédiatement déductible, ce qui oriente de fait les entreprises vers l’automatisation. Il souhaite réserver certains métiers, notamment les soins, aux humains, sous un label « Réservé aux humains ». S’il voit un potentiel important de l’IA — science, santé, agriculture dans les pays pauvres, éducation —, il estime que ces bénéfices exigent des politiques publiques que l’industrie ne fournira pas seule et refuse « l’auto-régulation sur l’outil le plus dangereux jamais inventé ».
Trois risques avancés : emploi, armes biologiques, santé mentale
Gates prévoit des suppressions d'emplois définitives, touchant en premier lieu les postes de débutants ainsi que les métiers intermédiaires dans la vente, le service client, le développement logiciel et l'assistance juridique, puis, avec la baisse significative du coût des robots agiles, les activités manuelles seraient également concernées. En dehors de l'emploi, il indique que l'IA rend plus aisées les cyberattaques, la fraude et la désinformation, et surtout réduit la difficulté de produire des armes biologiques, à tel point que quelques personnes dotées d'IA avancée pourraient mettre au point de nouveaux agents pathogènes. Il souligne la difficulté de dissocier capacités utiles et dangereuses dans un même modèle et évoque la possibilité que des systèmes agissent de plus en plus contre les intérêts humains. Sur le plan psychologique et social, il attribue aux compagnons IA un potentiel d’addiction, dit s’inquiéter pour les enfants et pour un affaiblissement de la pensée critique à l’ère des deepfakes et de la désinformation ciblée.
Signaux précoces et zones sous tension
Pour étayer que la transition a déjà commencé, Gates renvoie à une étude de Stanford indiquant qu’avec la diffusion de l’IA l’emploi des jeunes dans les métiers les plus exposés a reculé de manière significative, alors que les travailleurs plus âgés ont été jusqu’ici épargnés. Une autre recherche, signée Stanford et Carnegie Mellon, associe un usage intense et émotionnel des chatbots à un mal-être plus prononcé chez les utilisateurs. Il identifie en parallèle des foyers d’accélération, en signalant qu’une part importante des développements robotiques et automatisés se déroule en Chine.
Rupture avec les parallèles historiques et critique de la tech
Gates récuse l’analogie selon laquelle, comme lors des précédentes révolutions technologiques, l’IA créerait mécaniquement plus d’emplois qu’elle n’en détruirait. Il insiste sur des différences structurelles : là où le PC a mis vingt ans à transformer le travail, l’IA fonctionne déjà sur des appareils courants, s’exprime en langage naturel et peut s’adapter aux humains. Il soutient que, pour la première fois, une technologie pourrait remplacer et dépasser la cognition humaine dans plusieurs secteurs en une décennie, d’où ses trois inquiétudes prioritaires. Il considère le chômage de masse et le bioterrorisme comme des risques sérieux et reproche à l’industrie de les minimiser. Dans un essai de près de 6 000 mots et lors d’un entretien, il parle d’une période parmi les plus turbulentes de l’histoire et estime qu’aucun plan n’est en place. Il affirme que, si en privé les connaisseurs sont très inquiets, en public beaucoup veulent éviter d’en parler, craignant un impact négatif sur leurs levées de fonds.
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