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IA en Europe : diagnostic partagé, exécution en retard

💼 Business & Startups·Tom Levy·

IA en Europe : diagnostic partagé, exécution en retard

IA en Europe : diagnostic partagé, exécution en retard
Key Takeaways
173 % des dirigeants interrogés n’ont pas changé de stratégie après la coupure d’accès à des modèles d’Anthropic
2Les entreprises privilégient la performance, le prix et la rapidité dans leurs choix d’IA
3La souveraineté européenne reste entravée par la fragmentation des marchés et la difficulté à synchroniser les plans
💡Why it mattersMalgré des atouts et de nombreux programmes, l’Europe peine à transformer ses diagnostics en actions coordonnées, maintenant une dépendance technologique.
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Full Analysis

Un sondage présenté à La REF indique que 73 % des dirigeants n’ont pas revu leurs choix après la coupure d’accès aux modèles d’Anthropic. Les intervenants réunis sur scène décrivent une Europe riche en plans et en atouts, mais freinée par des marchés fragmentés, une demande insuffisante et une exécution qui ne suit pas le rythme technologique.

Le cas Anthropic n’a presque pas infléchi les achats en Europe

En juin, une décision de l’administration américaine a suspendu l’accès des utilisateurs étrangers à deux modèles d’Anthropic, illustrant concrètement le scénario du kill switch. Présentés le 27 août à La REF, les résultats d’une étude SIA–OpinionWay montrent que 73 % des dirigeants interrogés n’ont pas modifié leur position à la suite de cet épisode. Parmi les critères de choix d’une solution d’IA, la souveraineté ne recueille que 11 % des citations, soit une progression de deux points. Un millier de dirigeants d’entreprises de toutes tailles ont été interrogés.

Les arbitrages restent dominés par performance, prix et vitesse

Les entreprises indiquent sélectionner leurs solutions d’IA en priorité en fonction de la performance, du coût, de la rapidité de mise en place, de la présence de compétences et de l’étendue de l’écosystème. Cette orientation résulte d’objectifs opérationnels à court terme : assurer la disponibilité des systèmes, respecter les contraintes budgétaires et les délais d’exécution, plutôt que de viser une contribution à la souveraineté sur une période de dix ans. Béatrice Cossa-Dumurgier confirme la priorité donnée au rapport performance-prix dans ses décisions.

Une dépendance assumée tant qu’une sortie reste possible

Selon Catherine Fieschi, aucun État ne détient à lui seul la totalité de la chaîne technologique, ce qui distingue la souveraineté de l’autarcie. Une dépendance prend un caractère stratégique dès lors qu’il n’est pas possible d’y mettre fin sans supporter des coûts excessifs ou lorsqu’un acteur étranger détient la capacité de bloquer l’accès à un service. L’affaire Anthropic n’implique pas que toutes les technologies américaines seront forcément inaccessibles à l’avenir, mais elle met en lumière qu’une décision prise à Washington peut avoir des répercussions sur l’accès à des services utilisés en Europe. L’enjeu devient la possibilité de changer de modèle sans perdre données, mémoire, processus ni applications.

Ce que recouvrent données, techno et opérations selon Octave Klaba

Octave Klaba distingue trois dimensions de la souveraineté. La souveraineté des données concerne qui peut consulter et utiliser les informations. La souveraineté technologique renvoie à la capacité à développer et faire évoluer les outils. La souveraineté opérationnelle touche à l’exploitation quotidienne des infrastructures et à la garantie de leur continuité. Une entreprise peut héberger ses données en Europe tout en dépendant d’un modèle qu’elle ne maîtrise pas, ou utiliser un modèle ouvert tout en reposant sur une infrastructure soumise à une juridiction étrangère.

Des plans européens multiples mais une synchronisation difficile

Laurent Solly décrit l’IA comme un système réunissant données, calcul, énergie, modèles, acteurs du déploiement et capitaux. L’Europe dispose d’atouts reconnus, d’ASML à Mistral AI et Aleph Alpha, en passant par OVHcloud et Scaleway, ainsi qu’un vivier de chercheurs et de startups. Mais les États-Unis agrègent laboratoires, hyperscalers, fabricants de processeurs, plateformes, capital-risque et grands clients dans une boucle intégrée, quand la Chine orchestre cette intégration par sa politique industrielle et sa commande nationale. En Europe, la coordination demeure lacunaire, le capital de croissance et les grands acheteurs technologiques sont rares, et près de 30 % des licornes fondées entre 2008 et 2021 ont déplacé leur siège à l’étranger. Malgré une succession de diagnostics et de programmes — d’InvestAI aux AI Gigafactories et à la nouvelle feuille de route du marché unique —, la difficulté réside dans leur synchronisation.

L’externalité de la souveraineté dépasse l’échelle d’une entreprise

Les intervenants réunis à La REF estiment que l’Europe identifie désormais précisément les sources de dépendance, mais que la demande reste insuffisante, les marchés fragmentés et les décisions publiques en retard sur la technologie. Frédéric Mazzella considère qu’une somme de décisions rationnelles ne crée pas une stratégie commune, et qu’on ne peut pas exiger de chaque entreprise qu’elle porte la politique industrielle. La souveraineté est décrite comme une externalité mal reflétée dans les prix : une solution américaine peut paraître moins coûteuse tout en renforçant collectivement la dépendance, tandis qu’un achat européen peut sembler plus risqué tout en finançant des capacités utiles à d’autres. Revolut illustre un autre levier avec PRAGMA, un modèle fondation propriétaire conçu avec NVIDIA, rendu possible par une plateforme commune.

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