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L'essor de l'AI-First et ses promesses
L'IA agentique, au cœur de l'approche AI-First, promet de transformer les entreprises en plaçant l'intelligence artificielle au centre de leurs processus. Des figures emblématiques comme Elon Musk, qui a déclaré à Davos qu'une "IA plus intelligente que n’importe quel humain" sera une réalité dès 2026, et Jensen Huang de NVIDIA, qui affirme que "l’humain non augmenté par l’IA est déjà dépassé en pratique", vantent les mérites d'une IA surpassant l'humain. Dario Amodei d'Anthropic évoque déjà le dépassement de l'IA générale. Ce concept, initialement adopté par les scale-up, séduit désormais de grandes entreprises dans divers secteurs tels que les RH, la finance, et la logistique.
Dans cette ambiance, le concept d'AI-First émerge : il s'agit de redessiner un processus en plaçant l'IA, et de plus en plus l'IA agentique, au cœur du dispositif, l'humain intervenant en complément. Ce concept vient d'abord des scale-up, qui ont le luxe de repartir de zéro. Mais il séduit aujourd'hui de nombreuses grandes entreprises, tant pour leurs processus support : RH, finance, achats, communication, que pour leurs processus cœur : ingénierie, production, logistique, vente, relation client.
C’est déjà, dans certains cas, une réalité partielle. L’IA agentique prend une place croissante dans les stratégies d’entreprise comme dans les équipes opérationnelles. Mais les chiffres restent têtus : les passages à l’échelle, et donc les impacts tangibles, demeurent limités.
Les obstacles à l'adoption massive
Cependant, l'adoption généralisée de l'AI-First rencontre des obstacles majeurs, principalement liés à la transformation des métiers. Une étude de Wavestone et OpinionWay sur l'IA dans les services financiers révèle que près de la moitié des entreprises n'intègrent pas suffisamment les ressources humaines dans leur transition vers l'IA. Bien que l'IA soit déjà présente dans le quotidien de 75 % des collaborateurs, selon une étude des Échos sur le Bring Your Own AI, son intégration dans les processus métiers reste limitée.
L'utilisation extensive de l'IA dans un processus métier est d'une autre nature et rencontre davantage de freins. Un commercial, par exemple, utilisera volontiers des assistants ou de petits agents IA locaux pour l'aider à cibler ses prospects, préparer ses rendez-vous, et saisir ses comptes-rendus. En revanche, il pourra rejeter une démarche trop descendante d'AI-First, s'il a le sentiment qu'on lui retire son "flair", ou qu'on lui demande de changer radicalement sa manière de travailler en devenant une sorte de super-contrôleur d'agents IA ("l'humain dans la boucle"). Il s’agit de consentir à un changement profond du quotidien de travail, des interactions clients, des modes de rémunération, et, plus largement, de ce qui fonde l’identité même du métier.
Impliquer les collaborateurs pour réussir
Deux approches s'opposent pour intégrer l'IA : la contrainte, qui pousse à repenser les processus en réduisant les effectifs, et l'approche humaine, qui implique les collaborateurs dans la transformation. L’approche par la contrainte consiste à créer un déséquilibre volontaire en réduisant les effectifs internes ou externes, afin de pousser ceux qui restent, ainsi que leur management, à repenser les processus en mode AI-First. C’est une logique revendiquée par certains acteurs, notamment dans la Tech et l’Audit.
Des entreprises comme Decathlon, La Poste, Club Med, et certains groupes mutualistes misent sur l'approche humaine, valorisant l'engagement humain. La clé du succès réside dans un équilibre entre ces approches, avec un engagement fort des collaborateurs pour créer une valeur tangible.
En réalité, la plupart des entreprises devront trouver un point d'équilibre entre ces deux approches. Certains processus hérités du passé ou déjà fortement externalisés, n'appelleront sans doute pas une approche totalement "human-first". Mais une chose semble sûre : dans la plupart des cas, la valeur tangible ne pourra être créée qu'avec un engagement fort des collaborateurs, donc avec une adoption à l'échelle.
Conclusion : l'humain au cœur de l'IA
Pour que l'IA soit véritablement adoptée et génère une valeur tangible, il est crucial que la transformation des métiers précède l'intégration technologique. L'engagement des collaborateurs, basé sur une redéfinition consentie de leurs rôles, est essentiel pour réussir cette transition. Cet engagement ne sera réel que si les collaborateurs y trouvent majoritairement leur intérêt, ce qui suppose souvent qu'ils aient contribué à construire le nouveau processus, avec des IA plus ou moins omniprésentes, et surtout un nouveau métier rendu désirable.
Humain : 1 / IA : 1 !