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Cohere s'empare d'Aleph Alpha
La société canadienne d'intelligence artificielle Cohere a récemment annoncé l'acquisition de la startup allemande Aleph Alpha, basée à Heidelberg. Cette opération, qui valorise les deux entreprises à environ 20 milliards de dollars, marque un tournant significatif dans le paysage de l'IA. Le groupe Schwarz, connu pour ses enseignes Lidl et Kaufland, joue un rôle crucial en investissant 600 millions de dollars et en fournissant l'infrastructure cloud nécessaire via sa plateforme STACKIT.
L'acquisition met l'accent sur le développement de l'IA souveraine, un concept où les gouvernements et les industries réglementées peuvent garder un contrôle total sur leurs données. Cette orientation stratégique est soutenue par les gouvernements allemand et canadien, qui voient dans cette fusion une opportunité de proposer une alternative aux géants technologiques mondiaux.
Cohere et Aleph Alpha : une nouvelle ère
Cohere, la plus grande des deux entreprises, conservera son nom et fonctionnera avec des sièges sociaux à la fois au Canada et en Allemagne. Aucune des deux entreprises n'a précisé si la marque Aleph Alpha survivra sous une forme quelconque. L'accord doit encore recevoir l'approbation des actionnaires d'Aleph Alpha et des régulateurs. Selon CNBC, les actionnaires d'Aleph Alpha recevront une action de Cohere pour chaque neuf actions qu'ils détiennent.
Soutien politique de Berlin et Ottawa
L'acquisition bénéficie d'un soutien politique significatif. Le ministre canadien de l'IA, Evan Solomon, a souligné les avantages mutuels de cette fusion, affirmant que l'objectif était de garantir que les gouvernements et les entreprises aient une option entre les hyperscalers et l'hégémon. Le ministère numérique allemand a qualifié l'accord d'une valeur géostratégique et économique élevée, prévoyant d'agir en tant que client ancre et de donner la priorité aux solutions d'IA souveraine dans les marchés publics.
Aleph Alpha : de l'espoir à l'acquisition
Aleph Alpha, autrefois perçue comme la réponse allemande à OpenAI, a connu des changements significatifs avant cette acquisition. Fondée en 2019 à Heidelberg, l'entreprise a levé plus de 500 millions de dollars lors d'un tour de financement de série B à la fin de 2023, soutenue par le groupe Schwarz, Bosch Ventures, SAP et HPE. Ce tour de financement n'était pas entièrement en actions, mais incluait également des engagements en matière de recherche, d'affaires et de licences.
En septembre 2024, l'entreprise a changé de cap. Plutôt que de continuer à investir massivement dans la course aux modèles de langage toujours plus grands, Aleph Alpha s'est repositionnée autour de sa plateforme PhariaAI, un "système d'exploitation pour l'IA générative" pouvant intégrer des modèles tiers. Le fondateur Jonas Andrulis avait alors soutenu que construire un modèle de langage purement européen n'était plus un modèle économique viable.
Changement de direction et restructuration
Le groupe Schwarz, déjà détenteur de 20 % d'Aleph Alpha via Schwarz Digits, a renforcé son influence sur la stratégie et le personnel. En août 2025, Reto Spoerri, ancien responsable des affaires en ligne de Lidl, a rejoint en tant que co-PDG aux côtés d'Andrulis. En octobre 2025, Jonas Andrulis a dû céder complètement son rôle de PDG et a été proposé pour un siège au conseil consultatif. Ilhan Scheer, ancien directeur de la croissance et ancien d'Accenture, a été nommé deuxième co-PDG.
Au début de 2026, Aleph Alpha a supprimé environ 50 postes, et Andrulis a déclaré au NZZ qu'il était parti pour de bon : "Je suis dehors." Le NZZ a rapporté qu'il avait été poussé vers la sortie, bien qu'Andrulis ait refusé de commenter la nouvelle direction ou l'influence du groupe Schwarz. Peu après, il a annoncé une nouvelle startup d'IA avec le cabinet de conseil Roland Berger.
Une dépendance européenne mise en lumière
Pendant des années, les médias allemands ont présenté Aleph Alpha comme la réponse de l'Europe à OpenAI, mais l'entreprise n'a jamais été à la hauteur des attentes. Une partie du problème remonte aux premiers appels pour des alternatives européennes à GPT-3 qui sont tombés dans l'oreille d'un sourd en 2019. L'UE et le gouvernement allemand n'ont pas agi avant des années, et entre-temps, OpenAI, Google et Anthropic avaient déjà divisé le marché.
L'Allemagne et l'UE paient encore le prix de cette réponse lente. Une entreprise canadienne achetant l'un des espoirs les plus prometteurs de l'IA allemande rend cette dépendance plus difficile à ignorer que n'importe quel document stratégique. Aleph Alpha apporte des contrats existants avec le ministère numérique allemand et le gouvernement de l'État de Bade-Wurtemberg, ce qui, selon une source proche des projets, est un atout majeur pour Cohere.

