Brief IA : IA en Europe : l’autonomie pragmatique face aux dépendances

IA en Europe : l’autonomie pragmatique face aux dépendances

Brief IA
Tom Levy·4 min

Forrester estime en juillet 2023 que la souveraineté totale en matière d'IA est hors de portée pour l'Europe, qui ne représente qu'environ 5 % de la capacité mondiale des centres de données. Les experts recommandent de renforcer l'autonomie par des stratégies multi-fournisseurs et des investissements ciblés, notamment dans les minerais critiques et les puces, afin d'atténuer la dépendance structurelle de l'Europe.

En bref
1Forrester estime que la souveraineté totale est hors de portée et recommande de renforcer l'autonomie
2L'Europe ne représente qu'environ 5 % de la capacité mondiale des centres de données
3En juin, Washington a imposé à Anthropic de couper l'accès étranger à ses modèles puissants
Pourquoi c'est important : Ces faits illustrent la dépendance structurelle de l'Europe, que des experts invitent à atténuer par des stratégies multi-fournisseurs et des investissements ciblés.

La souveraineté totale en matière d’IA n’est pas considérée comme atteignable, y compris selon Forrester. Les entreprises européennes multiplient les options technologiques, tandis que Bruxelles investit dans les minerais critiques et les puces. Les dépendances restent fortes sur les matériaux, les semi-conducteurs, les centres de données et les modèles, comme l’a montré l’épisode Anthropic.

Forrester affirme que la souveraineté complète reste inaccessible

Forrester estime en juillet que la souveraineté totale reste hors de portée, même pour la Chine et les États-Unis, et recommande de renforcer l'autonomie. Dario Maisto souligne l'importance de disposer d'options et de ne pas dépendre d'un fournisseur unique, en particulier étranger, afin de pouvoir migrer en cas de crise. Sylvain Duranton du BCG considère que l'Europe peut agir sur certains leviers, mais ne pourra pas s'enfermer dans l'usage exclusif de technologies européennes. Selon ces deux experts, il convient de raisonner en degrés de souveraineté, avec une vigilance accrue dans des secteurs comme le militaire. Sylvain Duranton affirme également que la création d'interdépendances contribue à la puissance souveraine. Dans la pratique, de nombreuses entreprises européennes utilisent des plateformes de données qui leur donnent accès à des modèles américains, chinois et européens selon leurs besoins, et pour les usages les plus sensibles, elles installent les modèles sur leurs propres serveurs pour limiter les dépendances.

La Chine contrôle la majorité des ressources essentielles à l’UE

D'après l'Agence internationale de l'énergie, la Chine assure environ 60 % de la production minière et 90 % du traitement des terres rares indispensables à la fabrication des composants électroniques. L'Union européenne représente moins de 10 % de la production mondiale de semi-conducteurs et ne produit aucune des puces de pointe utilisées pour l'intelligence artificielle. En matière d'infrastructures, l'Europe ne représente qu'environ 5 % de la capacité mondiale des centres de données, contre environ 75 % pour les États-Unis et 15 % pour la Chine, d'après Andrea Renda du CEPS. Sur le marché du cloud européen, AWS, Microsoft Azure et Google Cloud détiennent ensemble environ 70 % des parts.

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Dans les modèles, la pointe reste hors d’Europe malgré des acteurs locaux

Selon une note de Rexecode, les technologies d'IA les plus avancées sont aujourd'hui concentrées chez quelques acteurs américains et chinois, tels qu'OpenAI, Anthropic, Meta, Google DeepMind et DeepSeek, en raison des coûts de développement très élevés. L'Europe compte néanmoins des entreprises comme Mistral en France ou Black Forest en Allemagne, mais les composants essentiels, notamment les GPU, sont principalement conçus et fabriqués par des sociétés américaines comme Nvidia et AMD, ainsi que par TSMC à Taïwan.

Investissements européens et atout industriel pour réduire l’exposition

Afin d'atténuer ces dépendances, la Commission européenne a mis en place plusieurs programmes d'investissement dans les minerais critiques et les semi-conducteurs. L'Europe possède un avantage industriel grâce à la société néerlandaise ASML, qui occupe la première place mondiale dans la fabrication des équipements de lithographie pour la gravure des semi-conducteurs. L'exportation de technologies européennes est également considérée comme un levier pour renforcer l'influence industrielle du continent.

Un précédent américain illustre la vulnérabilité, et le cadre se précise

Au mois de juin, les autorités des États-Unis ont fait valoir la sécurité nationale pour obliger Anthropic à restreindre l'accès de ses modèles d'IA les plus avancés à tous les ressortissants étrangers. L'Union européenne n'a pu accéder de nouveau à cette technologie qu'en septembre, à l'issue de plusieurs mois de discussions. Ce cas survient alors que les États-Unis et la Chine occupent une position dominante dans la compétition autour de l'intelligence artificielle, tandis que l'Europe tente de diminuer sa dépendance sur l'ensemble de la chaîne de valeur, des composants électroniques aux centres de données en passant par les modèles d'IA. Selon Dario Maisto, analyste chez Forrester, la souveraineté correspond à l'absence de dépendance à l'égard des juridictions et des pressions de gouvernements étrangers, de sorte qu'aucun État extérieur ne soit en mesure d'interdire l'accès à certaines technologies, données, opérations ou infrastructures.

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