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Hollywood et l'illusion des vidéos IA spectaculaires
Dans le monde du cinéma, une crise semble se profiler à l'horizon, du moins si l'on en croit les discussions animées sur les réseaux sociaux. Des vidéos générées par intelligence artificielle, mettant en scène des célébrités comme Daniel Craig en balade sur une Vespa dans une ville italienne, ou des combats titanesques entre Godzilla et King Kong, captivent l'attention. Ces clips, bien qu'impressionnants, ne sont pas encore sur le point de remplacer les grands films hollywoodiens.
Une nouvelle ère pour la production cinématographique
Cependant, une transformation plus subtile mais potentiellement révolutionnaire est en cours. Les entreprises spécialisées dans l'IA cherchent à redéfinir la manière dont les films sont produits. Jusqu'à récemment, ces sociétés proposaient à Hollywood des solutions similaires à celles vantées sur Twitter, mais avec une approche plus professionnelle. L'idée centrale était que l'IA pourrait permettre de réaliser des films plus rapidement, à moindre coût et avec une qualité supérieure.
Amit Jain, PDG de Luma AI, explique que l'idée initiale était de remplacer les caméras traditionnelles par des modèles vidéo IA. Cependant, en collaborant avec l'industrie du divertissement, Luma a découvert que produire de simples clips ne suffisait pas. Les vidéos générées par IA, souvent limitées à des durées de 10 à 16 secondes, ne constituent ni des plans ni des scènes complètes.
L'IA comme alliée tout au long du processus créatif
Aujourd'hui, des entreprises comme Luma AI ont adopté une nouvelle stratégie pour séduire Hollywood : utiliser l'IA pour optimiser l'ensemble du processus de production. Jain compare cette évolution à celle du développement logiciel, où l'IA est passée de la simple génération de code à des flux de travail complets et intégrés. Selon lui, les agents IA pourraient jouer un rôle similaire dans le cinéma, en gérant des tâches complexes de bout en bout.
Luma n'est pas seule dans cette démarche. Google a récemment présenté une nouvelle version de sa plateforme d'édition média IA, Flow, qui met l'accent sur le travail agentique. Elias Roman, vice-président de Google Labs, souligne que les outils génératifs évoluent pour devenir de véritables agents capables d'accompagner les utilisateurs à chaque étape de la création, depuis le concept initial jusqu'à la réalisation finale.
Vers une cohérence et une qualité accrues
Un des défis majeurs que ces innovations cherchent à relever est celui de la cohérence visuelle. Les IA génératives ont souvent du mal à maintenir une continuité entre les différents clips. Avec la nouvelle version de Flow, les utilisateurs peuvent facilement intégrer des personnages développés pour un projet en les taguant, simplifiant ainsi le processus de création.
Les nouveaux modèles vidéo sont également plus performants pour comprendre la physique, les styles visuels d'une époque donnée et les langages cinématographiques. Flow de Google repose sur le modèle Gemini Omni, tandis que Luma a conçu Uni-1, un modèle unifié qui simplifie la création de mondes imaginaires.
Des collaborations prometteuses et des délais réduits
Luma a récemment collaboré avec Amazon pour produire "The Old Stories: Moses", un spécial compagnon pour la série "House of David" de MGM. Pendant le tournage, les acteurs évoluaient devant des murs LED affichant des décors générés par IA, leurs costumes étant également créés par ces technologies. Si un plan ne convenait pas, une simple nouvelle invite permettait de générer un nouvel élément. Selon Jain, ce processus, qui prenait auparavant six à huit semaines par heure de télévision, peut désormais être réalisé en une semaine.
L'adoption croissante par les studios
Certains studios commencent à adopter ces innovations. En mars, Netflix a acquis InterPositive, une société d'IA fondée par Ben Affleck, et a lancé son propre studio d'animation IA. Deux grands studios d'Hollywood utilisent déjà les agents IA de Luma, bien que Jain n'ait pas révélé leurs noms. Luma a également annoncé une coentreprise avec le studio indépendant Wonder Project, qui a participé à la réalisation de Moses.
Impact sur l'emploi et l'avenir de la production
Ces avancées technologiques ne sont pas sans conséquences sur l'emploi. Si les studios peuvent produire une série en un mois au lieu de dix, les économies réalisées sur les salaires pour les mois non travaillés sont évidentes. Les promoteurs de l'IA soutiennent que cela pourrait conduire à une augmentation des productions, ce qui serait bénéfique pour Los Angeles, où le nombre de jours de tournage a diminué ces dernières années.
Reste à voir si Hollywood utilisera ces technologies pour créer des contenus qui captiveront réellement le public.
