Brief IA : SoftBank et OpenAI : l'IA séduit mais inquiète les créanciers

SoftBank et OpenAI : l'IA séduit mais inquiète les créanciers

Brief IA
Tom Levy·6 min·6 vues

SoftBank rencontre des difficultés pour lever 6 milliards de dollars en raison d'une perception défavorable des créanciers, malgré son investissement dans OpenAI. Les discussions de financement ont été suspendues, et l'objectif initial de 10 milliards a été abaissé à 6 milliards, reflétant une méfiance croissante envers les financements liés à l'IA.

En bref
1SoftBank peine à lever 6 milliards de dollars, malgré sa participation dans OpenAI, en raison de la réticence des créanciers.
2OpenAI, bien que valorisée à plusieurs centaines de milliards, reste privée, compliquant son utilisation comme garantie pour un prêt.
3L'introduction en Bourse d'OpenAI pourrait clarifier sa valeur, mais les créanciers restent prudents face aux incertitudes du marché.
💡Pourquoi c'est importantLa difficulté de SoftBank à lever des fonds souligne les défis financiers croissants dans le secteur de l'IA, malgré son potentiel d'innovation.
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L'analyse en français

Contexte de SoftBank et OpenAI

SoftBank a pris des participations significatives dans OpenAI, soutenant divers projets d'infrastructure liés à l'intelligence artificielle. Cependant, le groupe japonais se heurte à des obstacles inattendus. Le principal défi n'est ni technologique, ni réglementaire, ni concurrentiel, mais financier. SoftBank cherche à lever au moins 6 milliards de dollars via un prêt garanti par sa participation dans OpenAI. Ce besoin de financement souligne une réalité : la révolution de l'IA entre dans une phase où le financement est aussi crucial que l'innovation.

Difficultés de financement

Selon Bloomberg, SoftBank a suspendu les discussions avec plusieurs créanciers potentiels. Initialement, le groupe visait à lever 10 milliards de dollars, mais a dû revoir cet objectif à la baisse, à 6 milliards, en raison des réticences des prêteurs. Cette prudence est surprenante, d'autant plus qu'OpenAI a récemment déposé son dossier d'introduction en Bourse, ce qui aurait dû rassurer les marchés.

Le contraste est d'autant plus frappant que SoftBank est redevenue la première capitalisation boursière du Japon, surpassant Toyota. Sa participation dans ARM a bénéficié de l'envolée des valeurs liées à l'intelligence artificielle, générant d'importantes plus-values latentes sur OpenAI. Pourtant, malgré ce contexte favorable, transformer ces actifs en plusieurs milliards de dollars de dette s'avère plus complexe qu'anticipé.

Valorisation d'OpenAI

Le cœur du problème réside dans la nature même de l'actif utilisé comme garantie. Un margin loan permet à un investisseur d'emprunter en nantissant un actif financier, mais le montant accordé dépend de la valeur estimée du collatéral. Ce mécanisme est courant pour les actions cotées, où les banques peuvent observer en permanence leur prix de marché, mesurer leur liquidité et ajuster leurs risques.

Cependant, OpenAI ne répond à aucun de ces critères. Malgré sa valorisation de plusieurs centaines de milliards de dollars, l’entreprise demeure privée. Son prix n’est connu qu’au travers de tours de financement successifs ou de transactions secondaires limitées. Les créanciers doivent donc s’appuyer sur des estimations plutôt que sur un marché liquide et transparent.

Cette difficulté est renforcée par la structure particulière de l’entreprise. OpenAI ne ressemble ni à une société technologique cotée classique ni à un actif financier traditionnel. Les mécanismes de gouvernance, les droits économiques associés aux investisseurs et les contraintes propres à l’organisation rendent l’exercice de valorisation plus complexe pour les prêteurs.

Ainsi, la participation OpenAI de SoftBank est probablement l’un des actifs les plus convoités du marché technologique mondial, mais également l’un des plus difficiles à utiliser comme garantie bancaire.

Incertitudes liées à l'IPO

L’annonce du dépôt du dossier d’introduction en Bourse d’OpenAI a néanmoins modifié les discussions. Jusqu’à présent, les banques étaient confrontées à un horizon incertain. Désormais, les créanciers peuvent anticiper l’apparition d’un prix de marché, d’un flottant et d’une capacité de revente progressive des titres.

Cependant, cela ne semble pas résoudre toutes les interrogations. Les banques doivent encore évaluer la valorisation effective qui sera retenue lors de l’introduction, la profondeur du marché après la cotation et la stabilité du titre dans les mois qui suivront. Les excès observés lors des précédentes vagues technologiques ont laissé des traces durables dans les équipes de crédit.

L’expérience de WeWork ou de certaines introductions en Bourse survalorisées rappelle que la valorisation privée d’une entreprise n’est pas toujours synonyme de valeur réalisable sur les marchés publics, ce qui a échaudé plus d’un créancier.

Évolution du paysage concurrentiel

Les hésitations des prêteurs reflètent également une évolution du paysage concurrentiel de l’intelligence artificielle. Il y a encore deux ans, OpenAI apparaissait comme le vainqueur quasi incontesté de la course aux modèles génératifs. Depuis, la situation s’est complexifiée.

  • Anthropic s’est imposée comme un concurrent crédible auprès des grandes entreprises.
  • Google continue d’investir massivement dans Gemini.
  • Meta accélère ses développements.
  • xAI poursuit sa montée en puissance.
  • Plusieurs acteurs spécialisés émergent sur des segments verticaux.

Pour un investisseur en capital-risque, cette concurrence peut être perçue comme un moteur d’innovation, mais pour un créancier, elle représente avant tout un facteur de risque supplémentaire.

La valeur future de la participation OpenAI dépend directement de sa capacité à conserver son avance technologique, à maintenir ses parts de marché et à transformer sa croissance en flux financiers durables, autant de paramètres difficiles à projeter à l’échelle d’une décennie.

Enjeux financiers pour SoftBank

Le ralentissement de ce financement intervient dans un contexte particulier pour SoftBank, qui doit faire face à l’échéance d’un financement relais de 40 milliards de dollars utilisé pour soutenir ses investissements dans OpenAI. Cette dette arrive à maturité en mars 2027.

L’opération actuellement étudiée ne constitue donc pas un simple refinancement opportuniste, mais s’inscrit dans une stratégie plus large visant à sécuriser les ressources financières nécessaires à la poursuite des ambitions de Masayoshi Son dans l’intelligence artificielle.

SoftBank participe aux discussions autour de Stargate aux États-Unis et prévoit également d’investir jusqu’à 75 milliards d’euros dans des infrastructures de centres de données en France. À travers ARM, il reste exposé à l’ensemble de la chaîne de valeur du calcul intensif. Chaque nouvelle initiative accroît mécaniquement les besoins de financement.

L'IA comme industrie de bilan

Après avoir été principalement financée par le capital-risque, l’industrie de l’intelligence artificielle entre dans une nouvelle phase où ses besoins en capitaux se rapprochent davantage de ceux des infrastructures que de ceux du logiciel. Construire un campus de centres de données de plusieurs gigawatts requiert des dizaines de milliards de dollars d’investissement. Déployer des centaines de milliers de processeurs spécialisés, sécuriser l’accès à l’énergie et développer les réseaux associés mobilisent désormais des montants comparables à ceux engagés dans les secteurs de l’électricité, des télécommunications ou des transports.

Les acteurs de l’IA entrent ainsi dans un univers historiquement dominé par les banques, les assureurs, les fonds d’infrastructure et les fonds de pension.

Perspectives futures

Si le ralentissement du prêt garanti par la participation OpenAI de SoftBank ne remet pas en cause les perspectives de l’entreprise ni celles du marché de l’intelligence artificielle, il constitue néanmoins un signal important.

La prochaine décennie pourrait voir émerger une catégorie de gagnants différente de celle observée jusqu’à présent. Aux côtés d’OpenAI, d’Anthropic ou de NVIDIA, les véritables bénéficiaires de la révolution de l’IA pourraient également être les institutions capables d’organiser et de financer les milliers de milliards de dollars d’investissements nécessaires à son déploiement.

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