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Mistral AI cumule des tours records et une base d’actionnaires mondialisée. Des industriels comme ASML et Samsung prennent des positions substantielles, tandis que Paris envisage une golden share. Entre levées à plusieurs milliards et revenus récurrents dépassant le milliard de dollars, la question n’est plus seulement qui investit, mais qui garde la main.
Qui décide : parts des fondateurs, piste d’une golden share et alerte de vassalisation
Les trois fondateurs de Mistral AI détiennent environ 35,5 % du capital. En ajoutant Bpifrance et d'autres investisseurs français du tour de table initial, la part française atteignait un peu plus de 62 % avant la dernière levée. Cette proportion diminue à chaque nouveau tour de financement. Une commission d'enquête parlementaire a proposé que l'État prenne environ 5 % du capital sous forme de golden share, ce qui donnerait un droit de regard particulier, supérieur à la taille de la participation, et permettrait de s'opposer à l'arrivée d'un nouvel actionnaire jugé problématique sans bloquer les futures levées de fonds. Ce mécanisme s'appuierait sur une ordonnance de 2014 déjà utilisée pour protéger des secteurs stratégiques. En mai 2026, Arthur Mensch a mis en garde contre le risque que la France et l'Europe deviennent dépendantes des géants technologiques américains sans réaction rapide. Malgré l'ouverture du capital, les fondateurs restent aux commandes et aucun investisseur extérieur ne peut actuellement leur imposer des décisions.
Des investisseurs industriels aux usages concrets : ASML et Samsung
Lors de la Série C en septembre 2025, ASML a investi 1,3 milliard d'euros et est devenu le premier actionnaire individuel de Mistral AI avec 11 % du capital. Mubadala, le fonds souverain d'Abou Dabi, a également participé à ce tour. ASML fabrique des machines utilisées pour graver les puces électroniques, qui équipent les serveurs sur lesquels Mistral entraîne ses modèles d'IA. L'entreprise prévoit d'intégrer des technologies françaises dans ses produits, notamment pour la maintenance prédictive et l'optimisation des réglages. En septembre 2026, Samsung Electronics a mené un nouveau tour de financement, et le Grand-Duché de Luxembourg a investi directement en tant qu'État. Samsung souhaite utiliser l'IA de Mistral pour améliorer la fabrication de ses puces mémoire, qui équipent aussi bien les smartphones que les serveurs utilisés pour l'IA.
Chronologie financière : du seed record à la levée géante menée par Samsung
En juin 2023, Mistral AI a réalisé un tour seed de 105 millions d'euros mené par Lightspeed Venture Partners, avec la participation de Bpifrance, Xavier Niel, Rodolphe Saadé, Sofina, LocalGlobe, Firstminute Capital, Headline et Eric Schmidt. En décembre 2023, la Série A de 385 millions d'euros, menée par Andreessen Horowitz avec General Catalyst, Salesforce Ventures et BNP Paribas, a porté la valorisation de Mistral à près de 2 milliards de dollars. En juin 2024, la Série B de 600 millions d'euros, menée par General Catalyst, a réuni notamment NVIDIA, IBM, DST Global (basé à Hong Kong et connu pour ses investissements précoces dans Facebook et Alibaba), Hanwha Asset Management, Sanabil Investments, Eurazeo et Korelya Capital, ce dernier étant financé par Naver. En septembre 2025, la Série C a atteint 1,7 milliard d'euros. Plus récemment, Mistral AI a annoncé une levée de 3 milliards d'euros menée par Samsung, présentée comme la plus importante jamais réalisée par une jeune entreprise technologique européenne. Le tour de septembre 2026 a également vu la participation du Scaleup Europe Fund, doté de 5 milliards d'euros et soutenu par la Commission européenne, ainsi que PSG Equity, Advent et BlackRock.
Valorisation, revenus récurrents et périmètre international des capitaux
Depuis sa création, Mistral AI a levé plus de 6,5 milliards d'euros en capital et dette, auprès d'investisseurs de la Silicon Valley, d'industriels asiatiques, de fortunes françaises et de fonds du Golfe. La valorisation de l'entreprise dépasse désormais 21 milliards d'euros et son chiffre d'affaires récurrent a franchi le cap du milliard de dollars. Sur les réseaux sociaux, un ingénieur en infrastructures a ironisé sur la notion de « souveraineté numérique » et interrogé la part réellement européenne du capital de Mistral.
Référence politique et précédent ARM
La ministre déléguée Anne Le Hénanff a salué l'émergence d'une « troisième voie de l'IA » qui « se construit concrètement », entre les États-Unis, la Chine et des alliances industrielles étrangères. Le parcours d'ARM, passée sous contrôle de SoftBank en 2016 après l'ouverture de son capital à des investisseurs étrangers, est souvent cité comme précédent.




