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Le Département de la Défense prévoit d'investir 30,3 millions de dollars dans un nouveau polygraphe associant intelligence artificielle et capteurs sans contact. Le projet, encore soumis à l'approbation du Congrès, intervient alors que des avis scientifiques et juridiques remettent en cause la fiabilité de ces tests et leurs usages. Plusieurs dispositifs technologiques récents n'ont pas dépassé le stade du laboratoire.
Validité contestée, risques d'erreurs et usages coercitifs
En 2003, le Conseil national de la recherche des États-Unis a estimé que les éléments soutenant le polygraphe étaient peu convaincants. L'American Polygraph Association affirme que la fiabilité se situe entre 80 % et 94 %, mais avec 2,8 millions d'agents au ministère, ce niveau de précision risquerait d'entraîner des erreurs d'accusation pour plusieurs dizaines de milliers d'individus. Le danger existe aussi que les membres de minorités soient plus fréquemment perçus comme menteurs. Il est aussi relativement simple de fausser le test avec un entraînement approprié, par exemple en utilisant une punaise dans la chaussure pour modifier les réactions aux questions neutres. D'autres méthodes, comme les caméras thermiques, le suivi des pupilles ou les scanners cérébraux, n'ont pas démontré leur fiabilité hors laboratoire. Silent Talker, qui calculait un score de mensonge à partir de vidéos et avait été intégré en 2018 au projet européen iBorderCtrl, a disparu, tout comme ce dernier. Pour le juriste Kyri Kotsoglou, l'IA ne permet pas de résoudre ces difficultés : sans indication sur qui a menti lors des expérimentations précédentes, rien ne permet d'affirmer que les schémas corporels repérés par l'IA sont liés au mensonge. En septembre, une cinquantaine d'officiers de l'état-major ont été soumis à un polygraphe après la diffusion d'articles concernant la diminution des stocks d'armes américains dans le conflit avec l'Iran. Selon la juriste Marion Oswald, ces examens servent principalement à exercer une pression afin d'obtenir des aveux, plutôt qu'à produire des données dignes de confiance.
Ce que prévoit le programme Polygraph+ de la DCSA
Le Pentagone prévoit de consacrer 30,3 millions de dollars sur cinq ans à un programme baptisé Polygraph+ ou Polygraph Next. Ce projet figure dans une demande budgétaire qui n'a pas encore été validée par le Congrès et sera piloté par la Defense Counterintelligence and Security Agency, déjà chargée des vérifications d'antécédents pour l'administration fédérale. L'outil vise à trier les candidats à l'embauche et à détecter les menaces internes, en combinant des algorithmes de notation fondés sur l'IA et le standoff sensing, une technique permettant de capter les signaux physiologiques sans contact direct. Les technologies précises qui seront utilisées n'ont pas encore été déterminées. En 2023, la Defense Innovation Unit avait lancé un appel à projets sur ces sujets, avec des propositions comme celle de Presage Technologies, qui affirme mesurer le pouls et la respiration avec des caméras ordinaires, ou d'Altec Research, qui dit suivre la température de la peau du visage et l'activité des pores. Ce projet intervient alors que le Pentagone intensifie les tests de polygraphe pour identifier les lanceurs d'alerte.
Polygraphe traditionnel et promesses associées à l'IA
Depuis les années 1920, le fonctionnement du détecteur de mensonges a peu changé : un examinateur enregistre la pression sanguine, le rythme cardiaque, la fréquence respiratoire ainsi que la sudation, puis analyse les différences de réactions entre des questions neutres et d'autres plus sensibles. Les partisans des méthodes récentes soutiennent que l'IA serait en mesure de mettre en évidence des schémas qui échappent à l'observation humaine et de combiner plusieurs indicateurs en un score global, qui serait potentiellement moins aisé à manipuler.




