48% des usages écartés par un filtre pro, selon AI Observatory

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Un consortium de chercheurs de Stanford, du MIT et d'autres institutions publie un observatoire des usages réels de l'IA générative. Leurs analyses révèlent des pratiques très différentes selon les modèles et une large part d'échanges personnels ou sensibles, peu visibles dans les rapports des entreprises. Le corpus utilisé, constitué sur la base du volontariat, reste partiel et les décisions publiques s'appuient encore sur des données limitées.
Des décisions basées sur des données limitées, alertent des chercheurs
Anka Reuel estime qu'actuellement des décisions conséquentes risquent d'être prises à l'aveugle, au-delà des récits des entreprises. Elle affirme aussi que des parties prenantes statuent sur les risques et bénéfices de l'IA avec des données très limitées. David Widder explique qu'il n'existe pas de moyen de répondre à certaines questions d'usage global, car les informations d'utilisation sont propriétaires. Des chercheurs indépendants comme Reuel et Widder soutiennent que les entreprises d'IA partagent rarement leurs données de chat pour analyse et que leurs rapports privilégient des résultats favorables. Selon des chercheurs en IA, les éditeurs ne publient que les chiffres qu'ils souhaitent rendre publics, et Anka Reuel souligne l'absence de source indépendante pour corroborer ces informations. OpenAI n'a pas répondu aux demandes de commentaire.
Des usages qui évoluent et des contenus sensibles en recul
Les analyses montrent que l'utilisation de l'IA a évolué au fil du temps et que les réponses des plateformes varient. Dans l'ensemble de données WildChat, les conversations se sont allongées et complexifiées, avec davantage de tokens côté requêtes et réponses et plus de tours de conversation. Parallèlement, la fréquence des petits échanges a augmenté, ce qui suggère une recherche accrue de compagnie, alors que la révélation explicite par les assistants de leur statut de chatbot a diminué. Les échanges classés comme usages sensibles, incluant harcèlement sexuel et discours de haine, ont baissé, tendance qui pourrait traduire des protections plus efficaces déployées par les plateformes.
Grok, Gemini, ChatGPT, Anthropic : des préférences d'usage tranchées
Selon l'observatoire, les comportements diffèrent nettement selon les modèles, qu'il s'agisse des sujets traités, du style d'interaction ou de la probabilité d'usages sensibles. Grok et Gemini sont davantage sollicités pour la recherche d'informations ; Grok se distingue pour l'actualité et la politique, et c'est aussi là que la désinformation tendrait à se concentrer, ce que d'autres travaux ont également constaté. xAI n'a pas répondu à une demande de commentaire. Les utilisateurs se tournent plus vers Anthropic pour le codage, vers Gemini pour des usages sociaux et de jeu de rôle, et vers ChatGPT pour l'aide aux devoirs. Des écarts existent aussi entre versions d'un même modèle : les conversations sont plus courtes avec ChatGPT en GPT-3.5 et plus longues et itératives avec GPT-4.
Un corpus public : 24 521 conversations issues de 5 000 utilisateurs
Le corpus agrégé rassemble 24 521 conversations, représentant 85 633 tours de dialogue, issues de sept ensembles de données collectés par des recherches antérieures. Il provient de 5 000 utilisateurs ayant interagi avec 52 modèles, dont ChatGPT, Gemini, Claude et Grok, entre 2023 et 2025. WildChat figure parmi les ensembles les plus volumineux et détaillés. Les données fournies volontairement sont probablement sous-représentatives des usages sensibles et ne prétendent pas refléter l'ensemble des usages. L'échelle reste sans commune mesure avec les ressources internes des laboratoires : l'Anthropic Economic AI Index s'appuie sur 1 million de conversations avec Claude et le dernier rapport d'OpenAI porte sur 1,5 million d'échanges.
Appliquer le filtre "travail" ferait disparaître 48% des échanges
L'Anthropic Economic Index, souvent cité, cible les usages de Claude liés au travail et à la productivité et écarte les conversations non professionnelles. D'après les chercheurs, appliquer ces mêmes critères à leur propre ensemble de données aurait conduit à écarter 48% des conversations. Au sein de ces discussions sans lien avec le travail, les thèmes liés à la santé et aux relations apparaissent plus fréquemment (44,2% contre 31,2% selon l'analyse d'Anthropic), tout comme les sujets pour adultes ou illégaux (7,9% contre 2,1%), le harcèlement et la haine (27,5% contre 5,66%) ainsi que le contenu sexuel (16,7% contre 2,4%). Un rapport d'OpenAI publié en 2025 relevait également que chez les particuliers, seuls 30% des utilisations de ChatGPT concernaient le travail. Plusieurs entreprises disent par ailleurs privilégier l'analyse des usages professionnels.
Réactions des entreprises et prochaines étapes pour l'observatoire
Un représentant d'Anthropic indique que les recherches publiées reflètent les questions et intérêts de ses équipes et insiste sur l'importance de soutenir la recherche indépendante. La société a diffusé des billets distincts sur l'usage de Claude pour le soutien ou la compagnie, ainsi que sur la génération de CSAM. David Widder, professeur assistant à l'UT-Austin et non impliqué dans l'observatoire, estime qu'une analyse globale cohérente est utile et rappelle, à l'instar de Shayne Longpre qui a co-dirigé l'étude après un doctorat au MIT Media Lab, que les rapports d'entreprise ne couvrent pas tout. Les données de l'AI Observatory doivent être mises à disposition des chercheurs, l'équipe visant à élargir progressivement son corpus. Anka Reuel souhaite que les entreprises d'IA partagent leurs données avec des chercheurs indépendants, avec des garanties de confidentialité.
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