Brief IA : Eria révèle les stratégies pour intégrer l'IA en entreprise

Eria révèle les stratégies pour intégrer l'IA en entreprise

Brief IA
Tom Levy·5 min·6 vues

Pour réussir l'intégration de l'IA, il est crucial de former et d'impliquer les équipes dans l'identification des cas d'usage. Actuellement, 70% des entreprises rencontrent des difficultés à adopter l'IA efficacement, soulignant l'importance d'une culture d'entreprise adaptée pour transformer la productivité et l'innovation.

En bref
1Eria souligne que l'achat de licences IA comme ChatGPT ne suffit pas pour transformer une entreprise.
2Plus de la moitié des employés utilisent des outils IA sans validation officielle, posant des risques de confidentialité.
3Les entreprises doivent impliquer les équipes pour identifier les usages concrets de l'IA, plutôt que d'imposer des solutions d'en haut.
💡Pourquoi c'est importantUne adoption réussie de l'IA renforce l'attractivité de l'entreprise et prévient les risques liés à l'utilisation non encadrée d'outils IA.
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L'analyse en français

Dans le monde des affaires, l'acquisition de licences pour des outils d'intelligence artificielle tels que ChatGPT, Gemini ou Copilot est souvent perçue comme un pas vers la modernisation. Cependant, pour que l'IA s'intègre véritablement dans les pratiques quotidiennes d'une entreprise, il ne suffit pas d'acheter ces outils. Les équipes doivent être formées, rassurées et impliquées dans l'identification des cas d'usage concrets. C'est ce que met en avant l'agence Eria dans son livre blanc, publié le 3 juin.

Dans de nombreuses entreprises, le scénario est récurrent : la direction investit dans des licences IA, déclare que l'IA est désormais stratégique, et espère que les équipes adopteront spontanément ces outils. Cependant, sans un accompagnement adéquat, la plupart des collaborateurs restent sceptiques ou inquiets, sans comprendre clairement ce qui est attendu d'eux. Résultat, six mois plus tard, l'outil est là, mais la transformation attendue n'a pas eu lieu. Selon Tifany Clemenceau, cofondatrice d'Eria en 2025 avec Melvin Duveau, il s'agit avant tout d'un problème de diffusion de la culture IA en interne.

L'importance de fournir des outils IA adaptés

La question se pose souvent de savoir pourquoi donner à son équipe l'accès à des outils IA, alors que beaucoup sont accessibles gratuitement. Pourtant, même les entreprises qui pensent pouvoir attendre avant de se lancer sont déjà confrontées à la "shadow IA". Ce phénomène décrit les employés qui utilisent des outils comme ChatGPT avec des données de l'entreprise, sans validation officielle ni règles précises, ce qui pose des risques importants, notamment en termes de confidentialité des données. Selon une étude du Boston Consulting Group, plus de la moitié des collaborateurs utilisent des outils alternatifs lorsque l'entreprise ne fournit pas de solution adaptée.

Il est donc essentiel de s'intéresser aux outils et d'en proposer. Mais cela, nous l'avons dit, ne suffit pas. "Le vrai enjeu aujourd'hui, c'est de réussir à transformer les habitudes de travail de toute une entreprise", résume ainsi Tifany Clemenceau. Il s'agit de créer un environnement dans lequel les collaborateurs comprennent pourquoi ils utilisent l'IA, dans quels cas elle peut les aider concrètement et, surtout, comment l'intégrer naturellement à leur quotidien.

Le défi de l'intégration de l'IA

Une direction qui dit : "vous avez tous Gemini maintenant, utilisez l'IA", sans formation ni temps dégagé pour expérimenter, ça ne fonctionne pas, observe l'experte. Entre découvrir un outil avec curiosité et modifier durablement sa manière de travailler, il y a un fossé. Les équipes sont rarement accompagnées sur les questions cruciales : qu'a-t-on le droit de partager ? Quels outils utiliser ? Quels gains cherche réellement l'entreprise ? Comment éviter les erreurs ? Où commence l'automatisation, et où s'arrête-t-elle ? En l'absence de cadre clair, les collaborateurs avancent seuls, avec un certain nombre d'incompréhensions et de frustrations.

L'initiative doit venir du terrain

Le livre blanc d'Eria, "Ère IA", s'appuie sur l'expérience de dix scale-ups françaises ayant atteint plus de 80% d'adoption de l'IA, parmi lesquelles Qonto, Doctolib, PayFit, et Malt. Il en ressort que les cas d'usage pertinents émergent du terrain, et non des dirigeants. Les entreprises qui réussissent la transformation sont celles qui laissent les collaborateurs expérimenter et partager leurs découvertes. Les formats pour encourager l'adoption de l'IA incluent un café IA hebdomadaire, des démonstrations internes, et des ateliers. Ces initiatives visent à créer un environnement où l'usage de l'IA devient naturel et collectif.

L'objectif n'est pas de transformer tous les salariés en experts du prompting, mais plutôt de créer ce que Tifany Clemenceau appelle "un terreau fertile à la discussion", où l'usage de l'IA devient progressivement normal, visible et collectif. À noter à ce sujet que "Faire une journée de formation, c'est un bon début. Mais croire qu'ensuite l'entreprise est transformée, c'est faux", souligne Tifany Clemenceau. Les usages et les outils d'intelligence artificielle évoluent en permanence. Une transformation culturelle aussi profonde que celle-ci ne fonctionne jamais en "one shot" : elle implique un véritable engagement, sur le long terme.

Gérer les craintes liées à l'IA

Le rapport d'Eria souligne également l'importance d'adresser les inquiétudes des employés face à l'IA. Les résistances sont souvent dues à un manque de compréhension des objectifs de l'entreprise. Les entreprises doivent expliquer clairement pourquoi elles déploient l'IA et comment cela aide concrètement les équipes. Les entreprises les plus avancées expliquent leur vision de manière transparente, en montrant concrètement ce que l'IA permet d'améliorer dans le travail quotidien. Cela aide à dissiper les craintes et à encourager une adoption plus large.

Une approche progressive

Concrètement, l'agence Eria préconise une approche très progressive : poser d'abord les fondations (une vision IA, une gouvernance, les exigences sur la sécurité des données), puis créer un premier déclic collectif avant de diffuser les usages dans le temps. Cela peut se faire via des "champions IA" internes, c'est-à-dire des salariés déjà convaincus, souvent pédagogues, qui aident leurs collègues à adopter progressivement les outils. Il faut en parallèle identifier des profils plus techniques, que l'on appellera les "builders", chargés de concevoir les assistants IA utilisés ensuite par le reste des équipes. Tifany Clemenceau se veut rassurante : "On n'aura jamais 100% des collaborateurs qui créent des agents IA, et ce n'est pas nécessaire. Mais c'est important que chacun comprenne le fonctionnement d'un agent IA pour l'adopter dans son quotidien."

L'IA comme facteur d'attractivité

Enfin, l'adoption de l'IA est devenue une attente des salariés, influençant la marque employeur et l'attractivité de l'entreprise. "Ils veulent que leur entreprise les aide à monter en compétences sur l'IA, car cette dernière devient un vrai facteur d'employabilité", souligne-t-elle. Des employés viennent nous voir en disant : "mon entreprise ne me forme pas et j'ai peur d'être dépassé." Le sujet va ainsi bien au-delà de la simple productivité. Il touche à la marque employeur, à l'attractivité et à la rétention des talents d'une firme. À mesure que les usages se diffusent, les collaborateurs évaluent aussi leur entreprise sur sa capacité à les préparer aux nouvelles méthodes de travail. Celles qui ignorent le sujet prennent un risque double : perdre en efficacité aujourd'hui, et devenir moins attractives demain.

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