Des dirigeants de grands cabinets décrivent une technologie à double tranchant. L’IA peut limiter les pertes quand un associé s’en va, mais elle pourrait aussi l’aider à se passer d’une partie de l’infrastructure de Big Law. La dissolution annoncée de Weil Gotshal ravive ces questions sans que l’IA en soit tenue pour responsable.
L’IA peut réduire la dépendance mutuelle, selon Cleary Gottlieb
Michael Gerstenzang, partenaire senior chez Cleary Gottlieb, estime que l’intelligence artificielle pourrait à la fois rendre les cabinets moins dépendants de leurs avocats et permettre à ces derniers de s’affranchir plus facilement de leur structure. Il rappelle qu’un associé M&A, même s’il apporte les plus gros contrats, s’appuie sur des spécialistes fiscaux, antitrust et en droit du travail pour mener à bien les opérations, qualifiant cela de « sport d’équipe ». Un avantage majeur des grands cabinets est de réunir toutes ces expertises, mais Gerstenzang doute que cet atout subsiste à l’avenir. Il imagine qu’un associé M&A pourrait utiliser l’IA pour accomplir une partie des tâches spécialisées auparavant confiées à des collègues, ce qui rendrait l’infrastructure d’un grand cabinet moins essentielle.
Capturer l’expertise : un amortisseur… et des lignes à réécrire
Avi Gesser, partenaire chez Debevoise & Plimpton et responsable de la pratique IA, considère que la technologie peut agir comme un garrot : elle ne retient pas forcément un avocat, mais elle peut limiter les ressources perdues lors d’un départ. Debevoise développe des outils pour capter l’expertise de ses plaideurs afin d’en faire un actif du cabinet. Gesser souligne cependant que les associés ne sont pas toujours récompensés pour le temps consacré à alimenter ces systèmes, et que les politiques de rémunération devront évoluer. Oz Benamram, directeur de l’IA chez Pillsbury, estime que les accords entre partenaires pourraient aussi devoir être renégociés : des associés partants pourraient vouloir emporter les manuels issus de leur savoir, et des clients pourraient en revendiquer la propriété. Eric Greenberg s’interroge sur l’effet de ces dispositifs sur la fidélité des clients, tandis que Sharon Crane, du Practising Law Institute, doute qu’un avocat accepte spontanément de céder ce qui fait sa valeur.
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Des structures rentables mais sensibles aux départs
Les grands cabinets sont décrits comme extrêmement rentables et aguerris, ayant traversé guerres, récessions et bouleversements technologiques. Ils restent néanmoins vulnérables : quelques départs peuvent déclencher en quelques semaines ou mois une réaction en chaîne menaçant l’ensemble. Eric Greenberg, directeur juridique de Cox Media Group, estime que le marché latéral en pleine effervescence accentue cette fragilité. David Wang, directeur de l’innovation chez Cooley, voit dans la situation de Weil un rappel que, malgré les discours sur la technologie, Big Law reste une affaire de relations. Les partenaires vedettes disposent d’une influence démesurée grâce aux clients qu’ils attirent et fidélisent, si bien que leur départ expose à la perte de revenus et d’années de connaissances accumulées sur des dossiers partagés.
Weil Gotshal : dissolution annoncée et responsabilités nuancées
Weil Gotshal, cabinet âgé de 95 ans et reconnu pour avoir géré certaines des plus grandes faillites américaines, a annoncé des plans de dissolution après un exode de partenaires de premier plan. Cette actualité, qualifiée d’« éléphant » chiffré à 2,1 milliards de dollars, relance l’examen des fragilités structurelles des grandes firmes. Des participants affirment toutefois que l’IA n’a pas provoqué la chute de Weil. Cette séquence ravive plutôt une interrogation plus large : l’IA aggrave-t-elle les points faibles des cabinets ou peut-elle contribuer à les rendre moins fragiles, alors que l’année est marquée à la fois par l’essor de l’IA, l’intensification du recrutement latéral et la redéfinition des relations avec les clients.



