La demande liée à l’IA met la fibre optique sous tension : délais doublés, mégacontrats et montée en capacité s’enchaînent. Corning mise 585 millions de dollars en Caroline du Nord et multiplie les accords, tandis que Relativity Networks déploie une fibre à cœur creux annoncée à 99,7 % de la vitesse de la lumière.
Pression immédiate : délais doublés, mégacontrats et ventes en hausse
Selon Lauren Clark, les commandes de fibre prennent désormais deux fois plus de temps à être honorées qu’il y a environ trois ans, signe d’une tension d’approvisionnement qui, dit-elle, va affecter l’ensemble du marché. Dans ce contexte, Corning Optical Communications a annoncé le mois dernier une progression de 44 % de ses ventes sur un an, et des ventes de produits GenAI plus que doublées. Pour sécuriser la disponibilité, Jason Eichenholz observe des pré-engagements massifs et des contrats de plusieurs milliards de dollars étalés sur plusieurs années. Côté demande, Relativity Networks a récemment achevé un premier déploiement avec un grand hyperscaler en 2024 et a reçu une commande de 40 millions de dollars pour relier des centres de données avec ce même client. Parallèlement, Gordon Bell indique que les hyperscalers évaluent la fiabilité des livraisons de fibre à temps et en quantités suffisantes.
Contrats pluriannuels et montée en capacité partagée chez les fabricants
Selon Mike O’Day, les producteurs de fibre optique procèdent à des augmentations de capacité de façon mesurée : ils concluent des engagements avec leurs clients avant de développer leurs usines et de recruter, ce qui leur permet de mutualiser les coûts et les risques avec les hyperscalers. En 2024, Corning a conclu des contrats à long terme pour fournir de la fibre et des câbles à Amazon, Meta et Nvidia, et consacre 585 millions de dollars à l’agrandissement de son site de production en Caroline du Nord. Parallèlement, des hyperscalers tels que Meta sécurisent leur approvisionnement par des contrats pluriannuels, pendant que les fabricants élargissent leurs capacités et que des jeunes pousses développent des solutions pour accélérer les transmissions. Au-delà des accords, les industriels innovent aussi sur le produit.
Câbles plus denses et cœur creux : deux voies pour augmenter le débit
Corning affirme avoir mis au point des fibres de plus petit diamètre et des câbles plus denses pour augmenter la capacité à volume constant. L’entreprise a inventé une fibre dont la surface est 40 % plus petite et qui se plie dans des espaces dix fois plus réduits, à l’origine du Contour Flow Cable annoncé en mars. En parallèle, Relativity Networks a développé ChronoCore, une fibre à cœur creux présentée par Jason Eichenholz comme permettant aux signaux de voyager à 99,7 % de la vitesse de la lumière, soit bien plus vite qu’à travers la fibre de verre où la lumière circule à environ deux tiers de sa vitesse. La société s’est associée à Prysmian pour amplifier la production. Cette différence de vitesse est jugée cruciale pour relier des centres de données et pourrait permettre de les espacer davantage sans pénaliser les performances des modèles d’IA. Côté demande, O’Day observe que les clients connectent d’énormes nombres de GPU et cherchent à intégrer bien plus de fibre et de connexions dans le même espace.
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Architecture des centres sous contraintes d’énergie, d’eau et d’acceptabilité
Si des méga-centres existent, comme Colossus de xAI à Memphis, Jason Eichenholz souligne les limites physiques liées aux besoins en électricité et en eau, ainsi que l’opposition de certaines communautés à ces projets. Faute de pouvoir grossir indéfiniment, les entreprises multiplient donc les centres de données reliés par de la fibre. Gordon Bell rappelle que la fibre relie GPU et puces pour les faire fonctionner comme un gigantesque ordinateur. Il situe toutefois le principal verrou côté capacité de production, qui englobe fabrication, connecteurs, tests et travaux de pose. La tension s’accroît d’autant que bureaux, sites industriels et logements consomment eux aussi de la fibre pour la connectivité.
Pourquoi la fibre devient critique pour l’IA au quotidien
L’IA repose sur des centaines de milliers de serveurs et de puces, et plus la densité de fibre est importante, plus les échanges entre machines et les réponses des modèles de langage sont rapides, selon Lauren Clark. Mike O’Day relie la complexité croissante des modèles à la nécessité de réseaux optiques plus denses. Les centres de données, déjà adossés à la fibre pour transporter les signaux, doivent en consommer davantage pour suivre la montée en puissance des usages. À défaut, des chatbots se figent ou renvoient des erreurs, un phénomène déjà constaté, et Gordon Bell anticipe, à plus long terme, des jetons plus chers et des cycles d’adoption allongés si l’offre reste contrainte. L’essor de l’IA a aussi replacé la fibre au centre du jeu depuis 2022, année du lancement de ChatGPT, et Clark qualifie l’IA de plus grand facteur de transformation des centres et de l’infrastructure numérique depuis les débuts du secteur. Cette dynamique redéfinit la façon de construire les centres, sur fond de pari partagé que la fibre sera indispensable, dans un contexte de demande qualifiée « d’insatiable » par Jason Eichenholz.
Ce qui pourrait suivre : stabilisation du bâti, demande de fibre maintenue
Gordon Bell anticipe une stabilisation du rythme de construction des centres de données. Il ne voit toutefois pas l’appétit pour la fibre faiblir à court terme. Tout en soulignant les nombreuses inconnues qui pèsent encore sur l’infrastructure de l’IA, il estime que la fibre figure parmi les rares certitudes en volume : il en faudra davantage.




