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Les métiers du numérique, tels que les rédacteurs, développeurs et designers web, sont en première ligne des emplois menacés par l'intelligence artificielle. C'est ce que révèle l'American AI Jobs Risk Index, une étude inédite publiée par l'université de Tufts à Boston. Cet index classe 784 métiers selon leur vulnérabilité réelle à l'IA, en se basant sur des données issues de la base O*NET, de l'Anthropic Economic Index et des recherches de Microsoft Research.
L'étude se concentre sur le marché du travail américain et ne se contente pas de mesurer l'exposition théorique à l'IA. Elle projette les pertes d'emploi concrètes et les chiffre en termes de revenus perdus. Bien que les résultats soient centrés sur les États-Unis, les métiers identifiés comme les plus vulnérables sont similaires à ceux exercés par les professionnels du digital en France et en Europe.
Les 20 métiers les plus menacés de suppression par l’IA
L'index ne se limite pas à l'exposition à l'IA, il projette la vulnérabilité réelle de chaque métier à des suppressions de postes. Parmi les 20 métiers les plus menacés, on trouve les rédacteurs et auteurs avec un risque de suppression de 57,4 % des postes d'ici deux à cinq ans. Les développeurs informatiques et les designers web et d'interfaces numériques suivent de près, avec des taux de 55,2 % et 54,6 % respectivement. Les éditeurs, avec 54,4 %, et les métiers des sciences mathématiques, avec 47,6 %, figurent également parmi les plus à risque.
D'autres professions, telles que les développeurs web (46,2 %), les architectes de bases de données (46 %), et les analystes en recherche opérationnelle (45,1 %), sont également menacées. Les scientifiques de l'atmosphère et de l'espace (44,2 %), les sociologues (43 %), et les rédacteurs techniques (42,4 %) complètent ce tableau préoccupant. Les statisticiens (42,1 %), politologues (40,3 %), et administrateurs de bases de données (39 %) ne sont pas en reste.
Les spécialistes en relations publiques (37,3 %), chercheurs en sciences sociales (37,3 %), et data scientists (37,2 %) sont également à risque. Les conseillers financiers personnels (37,1 %), testeurs QA logiciel (36,4 %), et assistants de recherche en sciences sociales (36,1 %) figurent dans cette liste. Juste derrière, on trouve les analystes d'études de marché et spécialistes marketing (35,5 %), les analystes de l'information, reporters et journalistes (35,4 %), ainsi que les interprètes et traducteurs (34,2 %).
Les métiers les plus et les moins exposés à l’IA
À l'opposé, des centaines de métiers affichent un taux de perte projeté de 0 %, tels que les maçons, masseurs, couvreurs, brancardiers ou encore cuisiniers en restauration rapide. Les chercheurs résument cette situation en affirmant que « les métiers que l'IA ne peut pas toucher sont en grande partie ceux que l'économie a toujours sous-valorisés ».
Par secteur d'activité, les services d'information arrivent en tête avec 18,3 % d'emplois menacés, suivis par la finance et l'assurance (16,5 %), les services professionnels, scientifiques et techniques (15,6 %), et le management d'entreprises (14,1 %). À l'échelle des États-Unis, l'étude projette 9,3 millions d'emplois menacés dans son scénario médian, avec une fourchette allant de 2,7 à 19,5 millions selon les hypothèses d'adoption. L'impact économique est estimé à 757 milliards de dollars de revenus annuels, soit l'équivalent de l'économie de la Belgique.
« La promesse de productivité de l’IA est un pipeline de déplacement »
Le constat le plus marquant de l'étude tient en un paradoxe, résumé par les chercheurs en une formule : « La promesse de productivité de l’IA est un pipeline de déplacement. » Cela signifie que les métiers où l'IA augmente le plus la productivité sont aussi ceux qui affichent les pertes d'emploi les plus élevées. La corrélation est nette : pour chaque point de pourcentage d'automatisation supplémentaire, l'index projette 0,75 point de perte d'emploi.
Ainsi, lorsque l'IA accroît significativement l'efficacité d'un ou d'une salariée, les organisations peuvent produire autant avec moins de personnes, réduisant d'abord les embauches sur les postes juniors. Cette dynamique inverse les schémas historiques de l'automatisation. Ce ne sont plus les emplois manuels et peu qualifiés qui sont en première ligne, mais les métiers à forte composante cognitive, tels que la programmation, la rédaction, l'analyse financière et le design.
En termes de revenus absolus, les pertes les plus lourdes ne frappent pas les mêmes métiers que le classement par pourcentage. Ce sont les développeurs et développeuses software, les analystes en management et les spécialistes marketing qui concentrent l'essentiel de l'impact, en raison de leurs salaires jugés élevés et du volume de travailleurs concernés.
Des signaux déjà visibles en France
Ces projections américaines trouvent un écho dans les données françaises. Comme nous le rapportions récemment, une analyse de l'Insee montre que l'emploi des moins de 30 ans recule déjà dans les secteurs de l'informatique et des services d'information en France : une baisse de 7,4 % sur un an au quatrième trimestre 2025, alors que l'activité de ces secteurs continue de croître. Le mécanisme identifié par l'Insee est le même que celui décrit par Tufts, avec un ajustement qui passe d'abord par un ralentissement des embauches sur les postes juniors, plutôt que par des licenciements.
L'étude entre dans un champ de recherche de plus en plus dense. Anthropic avait introduit en mars sa propre métrique d'exposition réelle, l'observed exposure, tandis que Microsoft Research a publié un classement similaire basé sur les données d'usage de Copilot. L'American AI Jobs Risk Index se distingue en passant de l'exposition à la vulnérabilité. Là où les études précédentes mesuraient ce que l'IA pouvait théoriquement toucher, Tufts projette ce qu'elle est susceptible de supprimer concrètement. Les auteurs précisent qu'ils ont délibérément exclu les créations d'emploi liées à l'IA de cette version de l'index, faute de données suffisamment robustes.

