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SpaceX, OpenAI et Anthropic : une entrée en Bourse imminente
Dans un mouvement sans précédent, SpaceX, OpenAI et Anthropic se préparent à faire leurs débuts sur les marchés boursiers. Ces entreprises, leaders dans leurs domaines respectifs, visent des valorisations qui dépassent l'entendement, atteignant potentiellement des centaines, voire des milliers de milliards de dollars. Cette démarche marque une compétition discrète mais intense entre les deux géants de l'intelligence artificielle, OpenAI et Anthropic, pour être les premiers à franchir le seuil de Wall Street. Mais que signifie réellement cette entrée en Bourse pour ces entreprises, et quelles en seront les conséquences ? Pour éclaircir ces questions, BDM a consulté Jérôme Marin, journaliste et fondateur de la newsletter Cafétech, qui suit de près ces évolutions financières.
Comprendre l'entrée en Bourse : enjeux et mécanismes
L'entrée en Bourse est avant tout une opportunité pour les actionnaires de liquider leurs investissements. Les entreprises comme OpenAI et Anthropic sont actuellement détenues par leurs fondateurs, leurs employés, qui reçoivent souvent des actions en guise de rémunération, et par des investisseurs ayant injecté des capitaux considérables lors des levées de fonds. Jérôme Marin explique que ces acteurs cherchent à réaliser un "exit", c'est-à-dire à vendre leurs actions pour récupérer leur mise. L'une des méthodes pour y parvenir est l'introduction en Bourse, où l'entreprise émet de nouvelles actions sur le marché, sans pour autant y placer l'intégralité de son capital, ce qui constitue le "capital flottant".
Même si un investisseur achetait toutes les actions disponibles sur le marché, il ne détiendrait qu'une fraction de l'entreprise. De plus, les actionnaires historiques sont soumis à une "période de lock-up", durant laquelle ils ne peuvent pas vendre leurs actions, généralement pendant six mois à un an après l'introduction.
Lever des fonds et obligations de transparence
L'entrée en Bourse représente également un puissant levier de financement. Elle permet à l'entreprise de lever des sommes considérables, comme le montre l'exemple de SpaceX, qui prévoit de récupérer 75 milliards de dollars. Contrairement à une levée de fonds traditionnelle, la cotation en Bourse offre une voie rapide pour obtenir des capitaux. Une fois cotée, une entreprise peut facilement lever davantage de fonds en vendant des actions, comme l'a récemment fait Google avec une augmentation de capital de 80 milliards de dollars.
Cependant, cette cotation implique des obligations de transparence accrues. Les entreprises doivent publier leurs résultats financiers tous les trois mois, incluant chiffre d'affaires, profits et marges, et répondre aux questions des analystes lors de conférences téléphoniques. Cette exigence de transparence constitue un changement majeur pour les laboratoires d'IA, qui n'étaient pas soumis à de telles contraintes auparavant.
Lexique de l'entrée en Bourse
- Exit : processus permettant aux actionnaires de vendre leurs parts et de récupérer leur investissement initial.
- Capital flottant : proportion des actions disponibles sur le marché boursier, généralement minoritaire.
- Lock-up : période pendant laquelle les actionnaires historiques ne peuvent pas vendre leurs actions.
- Multiple : coefficient appliqué aux revenus ou aux profits pour estimer la valeur d'une entreprise.
- Marge brute : montant restant après déduction des coûts directs, comme ceux liés au fonctionnement des modèles d'IA.
Pourquoi cette précipitation vers la Bourse ?
La récente accélération vers la Bourse s'explique par une compétition féroce, notamment entre Anthropic et OpenAI, pour être le premier à y parvenir. Jérôme Marin souligne que le premier à entrer en Bourse captera l'essentiel des investissements dans l'IA, laissant moins de possibilités pour les suivants. L'annonce de SpaceX de son intention d'entrer en Bourse, après sa fusion avec xAI, a précipité les plans des autres acteurs, initialement prévus pour la fin de l'année, mais désormais avancés à septembre.
Cette précipitation est également alimentée par une euphorie du marché autour de l'IA, avec des actions qui grimpent à des niveaux incroyables. Marin met en garde contre une potentielle bulle spéculative, rappelant que les valorisations actuelles semblent déconnectées de la réalité économique. Il cite l'exemple de SpaceX, dont la valorisation pourrait atteindre 1 750 milliards de dollars, un chiffre qu'il juge irréaliste.
Calendrier des introductions en Bourse
- SpaceX : le processus est déjà bien avancé, avec des comptes financiers déjà connus.
- OpenAI et Anthropic : les introductions en Bourse sont attendues autour de septembre, bien plus tôt que prévu initialement.
L'objectif pour ces entreprises est d'être les premières à capter l'intérêt des investisseurs dans le secteur de l'IA.
Au-delà de l'introduction : le véritable test
L'entrée en Bourse ne sera pas le véritable test pour ces entreprises, selon Jérôme Marin. Bien que les introductions en elles-mêmes devraient se dérouler sans encombre, le véritable défi viendra dans les trimestres suivants. La cotation met fin à la capacité des entreprises à contrôler leur récit financier. Désormais, elles devront publier des comptes détaillés, rendant leur situation financière transparente pour tous.
Un indicateur clé sera la marge brute sur l'inférence, c'est-à-dire le coût de fonctionnement des modèles d'IA. Actuellement, cette marge est d'environ 40 %, ce qui est relativement faible pour un modèle SaaS. Sur 100 euros de revenus, 60 sont dépensés uniquement pour faire fonctionner les serveurs, avant même de couvrir les coûts de personnel, d'entraînement ou de marketing.
Pour réussir, ces entreprises devront non seulement être rentables, mais très rentables, afin de justifier les investissements massifs réalisés jusqu'à présent. Jérôme Marin conclut que la rentabilité sera cruciale pour prouver que ces dépenses étaient justifiées et pour assurer la viabilité économique à long terme de ces entreprises.

