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Kakul Srivastava, dirigeante de Splice, revendique une place non négociable pour l’humain, de la création musicale aux e‑mails professionnels. Elle relie cette ligne à des leçons tirées d’un échec industriel et à une idée concrète de l’utilité des technologies. Son entreprise dit travailler sur des produits d’IA qui gardent l’artiste aux commandes.
Des leçons d’échec et une technologie au service de la mémoire
Kakul Srivastava indique avoir fait partie de l’équipe fondatrice de Tiny Speck, devenue Slack, et cite Glitch, leur monde ouvert massivement multijoueur, parmi les projets les plus beaux sur lesquels elle a travaillé. Elle explique que Glitch a échoué pour des raisons évidentes à l’époque : le jeu reposait sur Flash alors qu’Adobe n’y investissait déjà plus, et il ciblait le PC au moment où le public basculait vers le jeu sur téléphone. Elle évoque deux tendances majeures ignorées trop longtemps et confie avoir eu le sentiment de laisser tomber la créativité des équipes impliquées. Son rapport à la technologie passe aussi par la transmission personnelle. Elle cherche à recréer la cuisine de sa mère, décédée avant qu’elle n’ait appris la plupart des recettes, en s’appuyant sur des vidéos YouTube d’inconnus reproduisant les plats comme leurs mères les faisaient. Après de nombreux essais, elle affirme avoir réussi une recette l’année dernière, avec un goût qui l’a ramenée à ses huit ans. Pour elle, c’est un exemple de l’utilité de la technologie : un homme ayant partagé la recette de sa famille lui a permis de retrouver la cuisine de sa mère, sans le savoir. Elle ajoute qu’elle dépense volontiers pour du jazz en direct, qu’elle décrit comme l’expérience d’une pièce où des décisions se prennent en temps réel et ne peuvent être reprises, quitte à être « inutile » le lendemain lorsqu’elle voyage pour le travail.
Limiter l’IA dans les documents et les échanges au travail
Pour travailler, Kakul Srivastava privilégie un document bien écrit suivi d’une vraie discussion. Elle rappelle que Splice opère en remote-first, sans « couloir », et décrit un mode de fonctionnement où une personne formalise sa réflexion avant un échange de groupe, dont sont nées, selon elle, la plupart des bonnes initiatives. Dans ce cadre, elle affirme vouloir freiner l’usage de l’IA : elle se méfie des textes rédigés par des systèmes automatiques, car dès lors qu’on ne sait plus s’il y a une personne derrière les mots, la conversation change de nature, en pire, sans retour possible. Elle dit penser que ce constat vaut aussi pour la musique.
Chez Splice, des produits d’IA annoncés comme centrés sur l’humain
Kakul Srivastava affirme que Splice s’emploie à développer des produits d’IA qui laissent l’humain au cœur du processus créatif. Elle rappelle avoir supervisé les premières incursions de la plateforme dans l’IA générative et dit garder une attitude critique envers les approches « appuyez sur un bouton, obtenez une chanson », qu’elle dénonçait déjà l’an passé. Ce modèle est présenté comme ayant rendu des entreprises comme Suno controversées, et elle souligne que son scepticisme n’a pas diminué.
Parcours, acquisitions et inspirations culturelles
Kakul Srivastava dirige Splice, une plateforme de samples utilisée pour des one-shots et des boucles mélodiques, dont des éléments ont servi à des succès populaires tels que « Money » de Lisa et « Espresso » de Sabrina Carpenter. Elle a auparavant occupé des postes de direction chez Flickr, Yahoo, GitHub et Adobe, et revendique un parcours à l’interface entre la Silicon Valley et les créateurs. Chez Splice, elle a accru la portée de la plateforme en rachetant Spitfire Audio. Côté inspirations, elle cite Instagram comme son lieu préféré en ligne, où son fil est peuplé de musiciens inattendus : du « gothic western », une organisatrice de danses de rue en Russie, un joueur de dulzain reprenant des hits, ou encore un chai-wala indien qui rappe. Elle affirme pouvoir regarder ces scènes indéfiniment. Elle se rappelle aussi l’Antakshari, jeu chanté où chacun reprend sur la dernière lettre, pratiqué lors de trajets ou de mariages, et apprécie qu’il repose sur la mémoire et l’audace de chanter, même mal, devant sa famille. À l’inverse, elle juge décevant un réchauffe-tasse qui, dit-elle, chauffe la tasse mais pas le café, bien qu’il fonctionne. Ce dont elle se dit la plus fière parmi ses réalisations, ce sont ses enfants, et elle considère le développement de leurs propres opinions comme à la fois banal et extraordinaire. Pour résumer son biopic, elle choisirait la formule suivante : un film de casse où personne ne subit de vol et où chacun reçoit une rémunération.

