Le 17 septembre 2026, Malakoff Humanis a annoncé avoir conclu avec la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC et l’UNSA un accord sur le déploiement des systèmes d’intelligence artificielle dans le groupe. Le texte écrit ce que l’IA ne pourra pas justifier : son déploiement « ne peut constituer à lui seul un motif de licenciement économique, individuel et/ou collectif ».
L’annonce vient d’un poids lourd de la protection sociale. Le groupe, présent en santé, prévoyance, épargne et retraite complémentaire, dit protéger en assurance 400 000 entreprises et près de 10 millions de personnes. Il indique que près de 50 cas d’usage de l’IA y sont déjà expérimentés ou déployés, au service de l’efficacité opérationnelle, de la qualité de service ou de la lutte contre la fraude.
Trois engagements écrits dans l’accord
L’emploi. Un système d’IA ne peut pas, à lui seul, motiver un licenciement économique. Quand une activité évolue, le groupe s’engage sur des mesures d’accompagnement : développement des compétences, mobilité interne, évolution professionnelle ou reconversion. Une école de l’IA sera créée pour que chaque collaborateur comprenne les usages de l’IA dans son métier et en acquière la maîtrise.
L’éthique. Tous les projets devront respecter la charte éthique du groupe, qui couvre notamment la protection des données, la maîtrise des risques et la lutte contre les biais algorithmiques. Malakoff Humanis rappelle son engagement depuis 2022 dans l’initiative Positive AI, aux côtés de BCG X, L’Oréal et Orange. L’accord y ajoute l’environnement : l’impact des systèmes d’IA sera évalué pendant toute leur durée d’exploitation et intégré à leurs critères de fonctionnement.
La gouvernance. Un comité de gouvernance IA est chargé d’identifier, de piloter et de coordonner les projets du groupe. Il veille à la cohérence du portefeuille d’initiatives et au respect des engagements sociaux, éthiques, environnementaux et réglementaires.
Ces engagements reposent sur quatre principes cités par le groupe : la transparence des projets, l’anticipation de leurs effets sur les métiers et l’organisation du travail, la supervision humaine des systèmes d’IA, et le respect des exigences éthiques, réglementaires et environnementales.
« Avec cet accord, nous faisons le choix d’anticiper les transformations plutôt que de les subir », déclare Olivier Ruthardt, directeur général adjoint de Malakoff Humanis.
À retenir : la formule de l’accord est précise. Le déploiement d’un système d’IA ne peut pas constituer « à lui seul » un motif de licenciement économique. Le reste du texte organise l’accompagnement des salariés dont l’activité évolue.
Pourquoi ce texte intéresse une mutuelle ou un assureur santé
Les trois finalités citées par Malakoff Humanis (efficacité opérationnelle, qualité de service, lutte contre la fraude) se retrouvent dans tout organisme complémentaire : gestion des prestations, relation avec les adhérents, contrôle des demandes de remboursement. Ce sont des activités où travaillent de nombreux gestionnaires et conseillers, et où un outil modifie vite le contenu d’un poste.
L’intérêt de l’accord tient aussi à son moment. Le cadre social est négocié alors que le groupe compte une cinquantaine de cas d’usage. Les représentants du personnel discutent donc de règles générales (transparence, supervision humaine, accompagnement) plutôt que d’un outil déjà installé partout.
Cinq points à reprendre chez soi
Le texte fournit une liste de contrôle que tout organisme peut adapter :
- Un inventaire. Savoir combien de cas d’usage tournent ou sont à l’essai, et à quoi ils servent. Malakoff Humanis en compte près de 50.
- Une instance qui arbitre. Un comité identifié, qui suit l’ensemble des projets et vérifie qu’ils respectent les engagements pris.
- Une règle écrite sur l’emploi. Ce que l’IA ne peut pas justifier, et ce que l’employeur propose quand un métier change.
- Une formation ouverte à tous les collaborateurs. L’école de l’IA de Malakoff Humanis vise chaque salarié, dans son propre métier.
- Un suivi de l’empreinte environnementale pendant toute la vie du système.
Notre avis
Un accord vaut par ce qu’il oblige à faire. Celui-ci a deux atouts : il est conclu avec quatre organisations syndicales, et il contient un engagement précis sur le licenciement économique, plus facile à vérifier qu’un principe général. Ses autres engagements (transparence, supervision humaine, évaluation environnementale) se jugeront aux décisions du comité de gouvernance et au contenu de l’école de l’IA.
Pour les autres mutuelles, institutions de prévoyance et assureurs santé, la leçon est pratique : ouvrir cette négociation tant que les cas d’usage se comptent encore, et partir d’un inventaire plutôt que d’une déclaration d’intention.