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Pokémon Go : un phénomène mondial aux implications inattendues
L'été 2016 a marqué l'arrivée de Pokémon Go, un jeu qui a rapidement captivé l'attention du public mondial. En quelques jours, des foules de joueurs se sont rassemblées dans les parcs et les places publiques, smartphones en main, pour capturer des créatures virtuelles comme Rondoudou et Ectoplasma grâce à la réalité augmentée. Ce qui semblait être une simple aventure ludique était en réalité une expérience sociale unique, incitant les gens à sortir de chez eux, à interagir et à redécouvrir leur environnement urbain.
Cependant, derrière cet engouement collectif se cachait un projet bien plus ambitieux orchestré par Niantic, le développeur du jeu. En utilisant Pokémon Go comme appât, Niantic a collecté d'énormes quantités de données de géolocalisation et d'images prises par les joueurs. En moins de dix ans, cette collecte a permis de constituer l'une des bases de données cartographiques les plus complètes jamais créées. Le jeu, gratuit et sans publicité, a ainsi servi de moyen discret pour numériser le monde réel au profit des futurs clients de l'entreprise.
La création d'une base de données visuelle colossale
Aujourd'hui, cette initiative est portée par Niantic Spatial, une branche dédiée à l'intelligence artificielle et à la cartographie du monde réel. Cette entité est née après la vente de la division jeux de Niantic à Scopely, une société détenue par le fonds saoudien Savvy Games. Niantic Spatial a récemment révélé que le jeu Pokémon Go n'était qu'une façade pour un projet de numérisation à grande échelle du domaine public.
L'idée peut sembler effrayante, mais elle témoigne d'une certaine ingéniosité. Les joueurs, pour progresser dans le jeu, prenaient des photos des mêmes lieux sous divers angles et à différents moments de la journée. Ainsi, des millions de joueurs ont contribué, sans le savoir, à créer un corpus visuel impressionnant : plus de trente milliards d'images, principalement de zones urbaines. Ces clichés ont permis à Niantic Spatial de développer un système de positionnement bien plus précis que le GPS traditionnel.
Le directeur technique de Niantic Spatial, Brian McClendon, a récemment commenté cette avancée. Il a affirmé que l'entreprise pouvait localiser les utilisateurs avec une précision de quelques centimètres et, plus important encore, déterminer ce qu'ils regardaient. Cette déclaration met en lumière l'ampleur du projet et soulève des questions sur la transparence des conditions générales d'utilisation et de la politique de confidentialité du jeu.
Un jeu qui cache un projet commercial ambitieux
Il est désormais difficile de considérer Pokémon Go comme un simple jeu innocent. Niantic Spatial a transformé les images collectées en une ressource précieuse pour des entreprises de robotique comme Coco Robotics, qui utilisent ces données pour guider leurs robots livreurs dans des environnements urbains complexes. Grâce à ce système de positionnement, l'entreprise a créé un référentiel spatial unique pour des clients nécessitant une localisation précise dans le monde réel.
Ce qui distingue ce système des technologies précédentes, c'est sa capacité à remplacer les coordonnées GPS abstraites par une identification visuelle instantanée des environnements. Le modèle d'intelligence artificielle de Niantic Spatial fonctionne comme un cerveau humain, reconnaissant des lieux qu'il a déjà vus des milliers de fois. Cette reconnaissance est rendue possible par les innombrables photos prises par les joueurs, encouragés par le jeu à explorer et photographier leur environnement.
Pour John Hanke, PDG de Niantic Spatial, ce projet n'est qu'un début. Il vise à créer une simulation virtuelle complète du monde réel, constamment mise à jour pour refléter les changements du monde physique. Ce projet ambitieux, surnommé le "Pokédex" de l'entreprise, a été rendu possible grâce à la participation involontaire de millions de joueurs passionnés de Pokémon.
Alors que les joueurs se concentraient sur la capture de Pokémon rares et les activités collectives du jeu, Niantic a discrètement mené la plus grande étude de terrain de l'histoire, alimentée par l'enthousiasme des joueurs pour l'accomplissement virtuel. Nintendo, partenaire de Niantic, n'a pas encore commenté ces révélations, laissant planer le doute sur son rôle dans ce projet de numérisation massive.

