Un sondage mené auprès de 1 334 salariés d’Anthropic dresse des prévisions bien plus tranchées que celles d’autres travailleurs américains. Les anticipations portent autant sur une hausse du chômage que sur une envolée de la croissance, alors que Dario Amodei, le PDG, avance des scénarios rapides d’automatisation du code et des emplois de bureau.
Un emploi fragilisé et un PIB dopé, selon les répondants
La plupart des employés d’Anthropic interrogés estiment que le taux de chômage dépassera 12% en 2030. La majorité des travailleurs américains, eux, l’attendent autour de 8% ou moins, contre 4,2% actuellement. Les réponses agrégées livrent aussi des projections de croissance : l’estimation médiane des adultes américains pour 2030 est de 5,4% de PIB, quand celle des salariés d’Anthropic atteint 17,1%. À titre de repère, le PIB a progressé de 2,2% l’an dernier.
Des déclarations patronales en phase avec des attentes élevées
En mars 2025, Dario Amodei a dit s’attendre à ce que l’IA écrive 90% du code dans les six mois, et « essentiellement tout le code » dans l’année. En mai, il a ajouté qu’elle pourrait supprimer la moitié des postes de bureau de niveau débutant en cinq ans, avec un chômage à 10% ou 20%. Dans un essai ultérieur, il anticipe un choc à court terme « sans précédent » sur le marché du travail et une forte croissance, soutenant que l’IA serait un substitut général au travail humain plutôt qu’à des métiers particuliers. Ces prises de position font de lui une voix particulièrement suivie sur ces sujets.
Tâches internalisées par l’IA : des écarts massifs d’anticipation
La plupart des salariés d’Anthropic estiment que l’IA prendra en charge au moins 80% de leurs tâches d’ici 2030, quand environ 5% des travailleurs américains seulement formulent la même attente. Le répondant moyen chez Anthropic évalue à 95% la part de travail nécessaire à la création d’un nouveau modèle d’IA qui serait effectuée par des systèmes d’ici fin 2030. Ces anticipations s’accompagnent de craintes d’obsolescence professionnelle que ne partagent pas majoritairement les autres travailleurs.
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Usage actuel : accord sur les capacités, divergence sur la vitesse
Les enquêtes ont évalué l’emploi actuel de l’IA et les changements à venir. Adultes américains et personnel d’Anthropic convergent largement sur les capacités présentes des outils. En revanche, ils divergent sur la vitesse d’amélioration, l’étendue d’usage et les gains de productivité attendus. Parmi les explications avancées figurent des budgets outils plus élevés chez Anthropic et l’accès à des modèles non publiés, alors que les travailleurs américains sont davantage présents dans les métiers manuels et les services. Les répondants des métiers manuels, de la production et du transport prévoient ainsi que l’IA prendra en charge la plus faible part de leurs tâches d’ici 2030, comparativement aux salariés d’Anthropic, au secteur technologique et aux domaines des affaires et de la finance.
Pourquoi publier ces données internes, selon Anthropic
Le dispositif repose sur 1 334 employés et compare leurs réponses à celles d’adultes américains, dans une étude intitulée « L’écart des attentes en matière d’IA ». Les chercheurs d’Anthropic décrivent un consensus sur les capacités actuelles et un écart sur la trajectoire future. Peter McCrory, économiste en chef, soutient que ces résultats peuvent aider à se préparer à des systèmes plus performants, car l’entreprise se dit en avance d’environ un an et demi sur l’économie en matière d’adoption, ce qui en ferait un éventuel indicateur précurseur. Les preuves sur l’impact de l’IA sur l’emploi sont encore mitigées ; une équipe de Yale a récemment observé des modifications des emplois sans lien avec une variation du chômage. Les réponses ont enfin été agrégées pour dégager des scénarios macroéconomiques.




