Brief IA : ElevenLabs, Synthesia : l'essor des scale-up IA britanniques

ElevenLabs, Synthesia : l'essor des scale-up IA britanniques

Brief IA
Tom Levy·7 min·2 vues

Les scale-up britanniques ElevenLabs, Synthesia et Luminance se distinguent dans le secteur de l'intelligence artificielle. ElevenLabs a levé 23 millions de dollars pour développer des technologies de synthèse vocale, tandis que Synthesia est valorisée à 4 milliards de dollars et est adoptée par 90% du Fortune 100. Ces entreprises illustrent l'essor de l'IA au Royaume-Uni, qui se classe au troisième rang mondial pour les investissements en capital-risque dans ce domaine.

En bref
1Le Royaume-Uni, troisième hub technologique mondial, abrite des scale-up IA prometteuses comme Synthesia, ElevenLabs et Luminance.
2Synthesia, valorisée à 4 milliards de dollars, utilise l'IA pour créer des vidéos, avec 90% des entreprises du Fortune 100 comme clients.
3ElevenLabs, spécialisée en synthèse vocale, a levé 500 millions de dollars et vise une adoption rapide en France avec des agents vocaux.
💡Pourquoi c'est importantCes entreprises illustrent la capacité de l'Europe à rivaliser dans le secteur de l'IA face aux États-Unis et à la Chine.
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L'analyse en français

Le Royaume-Uni se distingue comme un acteur majeur dans le secteur de l'intelligence artificielle, hébergeant certaines des scale-up les plus prometteuses. Parmi elles, Synthesia, ElevenLabs et Luminance se démarquent par leurs innovations et leur croissance rapide, contribuant à renforcer la position du pays comme troisième hub technologique mondial, juste derrière les États-Unis et la Chine. Avec plus de 185 licornes et un écosystème technologique valorisé à 1 200 milliards de dollars, le Royaume-Uni se classe également troisième pour les investissements en capital-risque dans l'IA.

Synthesia : la vidéo par IA au cœur des entreprises

Synthesia, valorisée à 4 milliards de dollars après une levée de fonds en janvier 2026, s'est spécialisée dans la création de vidéos par intelligence artificielle. Cette technologie permet aux entreprises de produire rapidement du contenu vidéo pour des formations, des communications internes ou du marketing, sans nécessiter de tournages traditionnels. Synthesia vise à dépasser les 200 millions de dollars de revenu annuel récurrent en 2026. Sa plateforme, créée en 2017, est déjà adoptée par 90% des entreprises du Fortune 100. En France, elle compte parmi ses clients le groupe Decathlon, avec qui elle a annoncé un partenariat lors du Sommet UK-France en juillet dernier.

Daniela Chordia-Doll, Vice-Présidente Europe chez Synthesia, explique : "Avec des clients comme Decathlon, nous commençons par des cas d'utilisation très pratiques comme la formation, l'onboarding et les communications internes - des domaines où la vidéo fait une différence significative. Ces premiers projets pilotes sont conçus pour s'intégrer directement dans les processus existants." Elle ajoute que "la France est une grande partie de notre stratégie et nous voulons être ancrés dans l'écosystème français et européen, en plus d'y vendre nos solutions", ce qui se traduit par des investissements dans des équipes locales et une attention particulière aux spécificités réglementaires européennes.

Des agents conversationnels pour la formation

En plus de la création vidéo, Synthesia développe une nouvelle génération de produits basés sur des agents conversationnels. "Ces produits permettent aux équipes de mener des jeux de rôle et des scénarios conversationnels comme des conversations de vente, des interactions clients et des situations opérationnelles", explique Daniela Chordia-Doll. L'objectif est de permettre aux collaborateurs de s'entraîner, d'obtenir du feedback et de progresser. "Cela bénéficie aux collaborateurs en les aidant à développer leur confiance et leurs compétences sans pression, et cela bénéficie aussi aux employeurs en leur permettant d'identifier où les équipes peinent afin d'adapter la formation en conséquence", détaille-t-elle. Les premiers pilotes de l’entreprise démontrent un engagement plus élevé et un transfert de connaissances plus rapide que les formats de formation traditionnels.

ElevenLabs : l'essor de la synthèse vocale

Autre success story britannique, ElevenLabs a récemment levé 500 millions de dollars en février 2026, portant sa valorisation à 11 milliards de dollars, soit plus du triple de sa valorisation d'il y a un an. La licorne, qui développe une technologie de synthèse vocale et d’agents conversationnels, affiche désormais un revenu annuel récurrent de plus de 330 millions de dollars. "En tant que champion européen de l'IA, nous nous engageons à rendre l'Europe compétitive dans la course mondiale à l'IA, tout en veillant à ce que l'adoption de l'IA reste sûre, sécurisée et responsable", affirme Jonathan Chemouny, responsable Go-To-Market Europe chez ElevenLabs.

La France figure parmi les marchés à plus forte croissance pour ElevenLabs, qui y a déjà séduit de nombreux clients : Alan dans la santé, Adecco dans le recrutement, OpenClassrooms dans l'éducation ou encore M6 et TV5Monde dans les médias.

Des agents vocaux pour le service client

L'opportunité la plus forte identifiée par ElevenLabs en France réside dans les agents vocaux pour le service client. "Nous avons récemment annoncé un partenariat avec Revolut, et nous constatons une adoption rapide en France", souligne Jonathan Chemouny. "Ce qui est intéressant, c'est l'accélération de l'adoption par les grands acteurs plus traditionnels dans un large éventail d'industries : luxe, santé, voyage. Ils testent et constatent que les agents sont prêts pour la mise en production à grande échelle." Cette dynamique a été renforcée par une mise à jour majeure de la plateforme : les agents vocaux d'ElevenLabs offrent désormais des temps de réponse plus rapides et une expressivité améliorée, tout en supportant plus de 70 langues. "Cela permet aux entreprises européennes et françaises de passer à l'échelle facilement, non seulement en Europe, mais aussi dans le reste du monde", précise le responsable.

La startup mise également sur les écosystèmes locaux des pays où elle s’investit : participation à des événements, sponsoring, relations presse, mais aussi soutien aux entrepreneurs via un programme de subventions offrant trois mois de crédits gratuits aux startups, ou des hackathons organisés dans 14 villes européennes.

Luminance : l'IA au service du droit et de la compliance

Née de la recherche à l'Université de Cambridge, Luminance s'est imposée comme une référence dans l'IA appliquée aux métiers juridiques. Avec une levée de fonds de 75 millions de dollars annoncée en février 2025, portant le total levé en 12 mois à plus de 115 millions de dollars, la scale-up britannique travaille désormais avec plus de 1 000 organisations réparties dans plus de 70 pays.

Dans cette phase d’hypercroissance, la France figure parmi les priorités stratégiques de Luminance. "Aux côtés de l'Allemagne, la France est l'un de nos principaux marchés européens après le Royaume-Uni, et nous y voyons un énorme potentiel de croissance", explique Eleanor Lightbody, CEO de Luminance. Parmi les partenaires français de l’entreprise : Dassault Systèmes, Lactalis, ou encore Banijay.

Éliminer "l'amnésie d'entreprise"

Luminance se distingue sur le marché de l’IA par sa spécialisation dans l'analyse juridique de haut niveau. "Notre plateforme soutient les équipes juridiques à chaque étape du cycle de vie contractuel, de la rédaction et de la négociation à la gestion de référentiels et à l'automatisation continue des workflows", détaille Eleanor Lightbody. "Notre dernière version élimine 'l'amnésie d'entreprise' en préservant la mémoire institutionnelle, en veillant à ce que le contexte derrière les contrats soit capturé, pas seulement le résultat", explique-t-elle. Concrètement, cela signifie que les équipes juridiques peuvent identifier les risques plus tôt et débloquer de nouvelles opportunités commerciales grâce à l’analyse de documents par l’IA.

La France et plus largement l'Union européenne, avec leurs environnements réglementaires complexes, représentent un terrain de jeu idéal pour Luminance. "Les entreprises doivent se conformer à la fois à la législation locale et à la réglementation européenne, ce qui accentue la demande d'une solution d'IA juridique capable de gérer la complexité. Avec l'entrée en vigueur de la loi européenne sur l'IA et la surveillance accrue de la conformité et de la gestion des risques, les organisations ont besoin de systèmes d'IA qu'elles peuvent déployer en toute confiance", souligne la CEO.

Un appel à une collaboration renforcée

Au-delà des succès commerciaux, ces trois entreprises partagent une vision commune : celle d'une Europe capable de rivaliser avec les États-Unis et la Chine dans la course à l'IA. Et pour y parvenir, la collaboration entre écosystèmes britannique et français apparaît comme un levier essentiel. "Le Royaume-Uni a clairement affirmé vouloir être une 'superpuissance de l'IA' et la France entend être une 'puissance de l'IA'. Il y a déjà une ambition partagée”, estime ainsi Eleanor Lightbody de Luminance.

Pour Jonathan Chemouny d'ElevenLabs, les deux pays disposent d'atouts complémentaires : "La France a un vivier de talents exceptionnel et Paris devient rapidement l'un des principaux hubs mondiaux de l'IA, avec Station F, le FAIR de Meta, Mistral, l'AMI de Yann LeCun, etc. Cela prouve que le Royaume-Uni et la France peuvent être compétitifs non seulement à l’échelle locale, mais aussi internationalement."

Les pistes de collaboration entre les deux écosystèmes ne manquent pas, comme le détaille Daniela Chordia-Doll de Synthesia, dont le CEO Victor Riparbelli a participé à la table ronde des CEO lors du Sommet UK-France. Elle évoque notamment “davantage de programmes transfrontaliers et de mise en relation via des événements conjoints réguliers, comme des semaines tech UK-France, des sommets communs et des plateformes partagées”.

Le défi, selon Eleanor Lightbody, est de "faciliter le fonctionnement fluide des entreprises sur les deux marchés. Cela implique des arrangements de visas réciproques pour les talents techniques, des initiatives de recherche conjointes qui se traduisent en applications commerciales, et des cadres réglementaires interopérables plutôt que divergents."

Le message porté par ces trois scale-up prometteuses est pour le moins clair : si l'Europe veut des champions de l'IA compétitifs à l'échelle mondiale, elle doit créer des écosystèmes qui coopèrent.

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