Brief IA : Scaleway et l'Europe : un défi stratégique dans la course à l'IA

Scaleway et l'Europe : un défi stratégique dans la course à l'IA

Brief IA
Tom Levy·5 min·24 vues

Scaleway, dirigé par Damien Lucas, se positionne comme un acteur clé du cloud souverain européen et de l'intelligence artificielle avec son projet d'AI Gigafactory. L'entreprise vise à se démarquer des géants américains et asiatiques, soulignant l'importance de l'innovation locale pour renforcer la souveraineté technologique européenne.

En bref
1Scaleway, sous l'égide d'Iliad, se positionne comme un acteur majeur du cloud souverain en Europe, remportant des contrats clés.
2L'AI Gigafactory en France vise à renforcer l'indépendance technologique européenne en matière d'intelligence artificielle.
3La dépendance aux technologies non européennes pose des risques de sécurité et de contrôle des données sensibles.
💡Pourquoi c'est importantL'Europe doit développer ses propres infrastructures pour rester compétitive et sécuriser son autonomie technologique.
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L'analyse en français

Scaleway, un acteur clé du cloud souverain européen

Scaleway, filiale d'Iliad, la maison-mère de Free, se distingue dans le paysage technologique français et européen. L'entreprise a récemment décroché deux contrats majeurs qui renforcent sa position dans le secteur du cloud souverain. Le premier contrat concerne l'hébergement de la Plateforme des données de santé, précédemment sous la gestion de Microsoft. Le second est une victoire dans un appel d'offres de la Commission européenne, d'une valeur de 180 millions d'euros. En parallèle, Scaleway co-pilote le consortium AION, qui a pour objectif de créer une AI Gigafactory en France, destinée à produire des capacités de calcul à l'échelle industrielle.

À l'approche de VivaTech 2026, un événement de grande envergure dans le domaine de la technologie dont Clubic est partenaire média, Damien Lucas, directeur général de Scaleway, a partagé sa vision sur les succès récents de l'entreprise et l'avenir de l'intelligence artificielle en Europe.

L'AI Gigafactory : un projet ambitieux pour l'Europe

Selon Damien Lucas, l'AI Gigafactory représente une avancée majeure pour l'Europe en matière de calcul industriel dédié à l'intelligence artificielle. Il décrit cette installation comme une "usine à tokens", où les tokens sont les unités essentielles que les modèles d'IA utilisent pour comprendre et générer des réponses. Avec la montée en puissance des modèles d'IA, la capacité à produire et traiter ces tokens devient cruciale.

Derrière cette infrastructure se trouvent des milliers de puces, des logiciels sophistiqués, des systèmes de refroidissement et des équipes spécialisées pour gérer l'ensemble. L'objectif stratégique est de doter la France et l'Europe des moyens nécessaires pour développer et exploiter leurs propres technologies d'IA, indépendamment des plateformes étrangères.

L'Europe face à la concurrence mondiale en IA

Damien Lucas insiste sur le fait que l'Europe n'a pas encore perdu la course à l'intelligence artificielle. Il met en garde contre la répétition des erreurs passées, notamment celles commises dans le domaine du cloud, où l'Europe a pris du retard en raison d'un manque d'investissement initial. Aujourd'hui, l'Europe dispose de nombreux atouts : des chercheurs talentueux, des ingénieurs compétents, des start-ups innovantes, des industriels de renom et une électricité largement décarbonée.

Cependant, sans une capacité de calcul propre, l'Europe reste dépendante des plateformes étrangères. L'AI Gigafactory vise à combler ce fossé en offrant à l'Europe les moyens de rester compétitive et de créer ses propres champions technologiques.

Les risques de la dépendance technologique

Damien Lucas souligne les risques inhérents à la dépendance technologique, notamment en matière de sécurité des données. Le risque de piratage existe partout, mais il est particulièrement préoccupant pour les données médicales, publiques ou critiques. L'accès à ces données est aussi une question de pouvoir et de contrôle. Lorsque ces données sont hébergées sur des technologies non européennes, opérées par des entreprises soumises à des lois extraterritoriales, cela crée une vulnérabilité stratégique.

Des incidents récents ont démontré à quel point nos sociétés sont dépendantes de certaines technologies critiques. Une simple défaillance logicielle peut perturber des infrastructures essentielles comme les aéroports, les hôpitaux ou les banques. Cette dépendance est d'autant plus préoccupante lorsque ces technologies peuvent être soumises à des décisions prises en dehors de l'Europe, telles que des injonctions judiciaires ou des sanctions. Le cadre du Cloud Act est particulièrement mentionné comme un risque non théorique, soulevant des questions sur l'accès aux données et le contrôle exercé par des entités non européennes.

L'avenir de l'intelligence artificielle en Europe

Scaleway ne cherche pas à développer le prochain ChatGPT grand public. Son rôle est de fournir les infrastructures technologiques nécessaires pour que les entreprises puissent créer et déployer leurs propres applications. L'enjeu est de permettre à ces entreprises de développer leurs solutions dans un environnement sécurisé, conforme aux normes européennes, tout en gardant le contrôle de leurs données et de leurs modèles.

La question n'est pas de savoir si ces capacités de calcul existeront, mais plutôt où elles seront développées, avec quelles ressources énergétiques et sous quelles régulations environnementales. Si l'Europe ne prend pas l'initiative de les construire, elles seront développées ailleurs, probablement avec des normes environnementales moins strictes, ce qui serait préjudiciable pour le climat, l'économie et l'indépendance technologique européenne.

Accessibilité et coûts de l'IA

Damien Lucas met en garde contre le risque que l'IA devienne un privilège réservé aux grandes entreprises. Les coûts liés aux puces, à l'énergie et aux capacités de calcul sont élevés, et la compétition mondiale pour ces ressources est intense. C'est pourquoi l'Europe doit éviter de disperser ses efforts entre de nombreux petits acteurs. La taille est un atout majeur pour acquérir les bonnes puces, les exploiter efficacement, amortir les coûts et proposer des prix compétitifs.

L'objectif est de faire émerger quelques champions européens capables de mutualiser ces ressources et de les rendre accessibles à un large éventail d'acteurs, des start-ups aux grandes entreprises.

L'impact futur de l'informatique quantique

Damien Lucas envisage un avenir où l'informatique quantique jouera un rôle crucial, bien que souvent invisible, dans notre quotidien. Même si nous ne posséderons probablement pas d'ordinateurs quantiques personnels dans un avenir proche, leur impact sur des domaines complexes sera significatif. Le quantique pourrait accélérer la recherche médicale, concevoir de nouveaux matériaux, optimiser les réseaux logistiques ou énergétiques, et renforcer la cybersécurité.

Les algorithmes dans le cloud bénéficieront de l'accélération offerte par les processeurs quantiques. À l'instar de la combinaison actuelle des CPU et GPU pour l'IA, les processeurs quantiques transformeront notre approche des problèmes complexes, ouvrant la voie à de nouvelles possibilités technologiques.

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