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Wayve et l'innovation en conduite autonome
Dans le monde de la technologie et de l'industrie, les transformations sont souvent portées par des individus aux profils variés. Certains explorent des territoires inédits, d'autres bâtissent des entreprises capables de concrétiser ces idées, et d'autres encore modifient les règles du jeu ou provoquent des changements durables. La série Architects of the Future se penche sur quatre façons d'exercer le pouvoir d'innover, en mettant en lumière le rôle précis des leaders dans la dynamique de leur époque. Le premier volet de cette série est consacré à Alex Kendall, le fondateur de Wayve.
Un parcours exceptionnel
Alex Kendall a attiré l'attention en 2018 lorsqu'il a remporté une compétition de pitch au WebSummit. Cinq ans plus tard, il se retrouve à s'exprimer dans le grand amphithéâtre du département d'ingénierie de Cambridge, abordant le concept d'Embodied AI. À la tête de Wayve, une entreprise très en vue dans le domaine de la conduite autonome, Kendall a récemment levé 1,2 milliard d'euros et envisage une introduction en bourse. Pour lui, la première vague d'intelligence artificielle n'était qu'un début. La prochaine étape consiste à développer des machines capables de percevoir leur environnement, de comprendre les scènes et d'agir dans le monde réel.
Une enfance marquée par l'exploration
Le terme "frontières" revient souvent dans le discours d'Alex Kendall, que ce soit en matière de recherche, d'entrepreneuriat ou de son enfance en Nouvelle-Zélande. Grandir dans ce pays insulaire a été une expérience formatrice, lui inculquant des valeurs de persévérance et de curiosité. Dès la fin de ses études secondaires, il s'est lancé dans la construction d'un drone, un projet qu'il considère comme un tournant. Il a compris que certaines technologies émergent à la croisée de plusieurs disciplines, et que la robotique et les systèmes autonomes nécessitent une synergie entre intelligence artificielle, ingénierie électronique et mécanique.
L'expérience de la Silicon Valley
Avant de rejoindre Cambridge, Kendall a fait un passage par la Silicon Valley, où il a participé au développement d'un drone destiné au grand public. Cette expérience lui a confirmé que la technologie doit être ancrée dans des usages concrets. Son séjour en Californie lui a offert un aperçu de l'entrepreneuriat technologique, marqué par une culture de l'expérimentation rapide et l'acceptation de l'échec.
Cambridge : un laboratoire d'idées nouvelles
À Cambridge, Kendall s'est concentré sur le machine learning et la vision par ordinateur, des domaines essentiels pour les machines évoluant dans le monde physique. Pendant son doctorat, il a contribué au développement de SegNet, un système de deep learning conçu pour interpréter les images captées par une caméra. Kendall est convaincu que les machines peuvent apprendre à comprendre le monde visuel et à en tirer des décisions. Cette intuition rejoint les recherches sur les agents apprenant dans des environnements simulés, notamment chez DeepMind.
Le défi Wayve
En 2017, Alex Kendall a soutenu sa thèse et fondé Wayve avec Amar Shah. Les premiers prototypes ont été développés dans des conditions modestes, utilisant une petite Renault Twizy électrique équipée de caméras. Ce véhicule a commencé à se déplacer sans intervention humaine, sans lidar, sans infrastructure lourde, et sans dépendance à une cartographie. L'idée de Wayve est d'apprendre à une voiture à conduire grâce aux données, plutôt que de coder explicitement toutes les règles. Kendall explique qu'ils ont construit dès le départ un système de deep learning de bout en bout.
Une approche audacieuse
À l'époque, cette approche a suscité un scepticisme important, car la plupart des acteurs du secteur privilégiaient des architectures modulaires. Kendall et Shah cherchaient à entraîner un système capable d'observer son environnement et de déduire directement une décision de conduite. Les premières années ont été difficiles, mais la technologie a progressé, avec des prototypes apprenant à circuler dans des environnements de plus en plus complexes. En 2019, Wayve a franchi une étape déterminante avec un véhicule capable de naviguer sur des routes inconnues.
De la startup à un modèle fondamental
Au fil du temps, Wayve a évolué pour devenir une entreprise technologique structurée autour d'un objectif plus large que la simple conduite autonome, visant à construire un embodied AI foundation model. La stratégie consiste à entraîner un modèle capable de piloter différents véhicules et d'apprendre à partir de données issues de multiples flottes. Contrairement à Tesla, qui améliore son système à partir de son propre parc, Wayve souhaite vendre son modèle à divers OEM automobiles pour agréger des données plus variées.
