Brief IA : Granola : l'IA qui protège la vie privée en entreprise

Granola : l'IA qui protège la vie privée en entreprise

Brief IA
Tom Levy·8 min

Granola est une IA de prise de notes valorisée à 1,5 milliard de dollars, qui se concentre sur la confidentialité des utilisateurs. Chris Pedregal, co-fondateur de Granola, refuse de céder aux demandes des entreprises pour accéder aux transcriptions des employés et envisage de supprimer automatiquement ces transcriptions après un certain temps. Cette approche redéfinit l'éthique des outils IA en entreprise en plaçant la protection de la vie privée au cœur de ses préoccupations.

En bref
1Granola, une IA de prise de notes, est valorisée à 1,5 milliard de dollars et met l'accent sur la confidentialité des utilisateurs.
2Chris Pedregal, co-fondateur de Granola, résiste aux pressions des entreprises qui demandent l'accès aux transcriptions des employés.
3L'entreprise envisage de supprimer automatiquement les transcriptions après un certain temps pour renforcer la sécurité des données.
Pourquoi c'est important : Granola redéfinit l'éthique des outils IA en entreprise en privilégiant la protection de la vie privée des utilisateurs.

L'impact croissant des preneurs de notes IA

Dans un monde où la technologie évolue à une vitesse fulgurante, les outils d'intelligence artificielle, et en particulier les preneurs de notes IA, prennent une place de plus en plus importante dans notre quotidien professionnel. Lors d'une récente intervention sur le podcast Platformer, Thomas Paul Mann de Raycast a fait une prédiction audacieuse : d'ici quelques années, jusqu'à 50 % des applications sur nos ordinateurs Mac pourraient être des créations personnelles. Cette perspective souligne l'impact croissant des outils IA, notamment ceux qui assistent nos réunions en capturant des notes de manière automatisée.

Cette semaine, l'attention se porte sur Granola, un preneur de notes IA qui se distingue par son approche unique de la confidentialité. Chris Pedregal, co-fondateur et PDG de Granola, a partagé son parcours et la philosophie de son entreprise. Après avoir travaillé chez Google, où il a commencé en 2008 en tant que chef de produit associé, et fondé Socratic, une application d'aide aux devoirs acquise par Google en 2018, Pedregal a lancé Granola en 2022 avec Sam Stephenson. Leur objectif : explorer les modèles de langage de grande taille avant l'ère de ChatGPT.

Granola : un outil IA innovant et discret

Granola se démarque dans un marché saturé de chatbots grâce à son design soigné et ses fonctionnalités avancées. L'application capture l'audio directement depuis l'ordinateur de l'utilisateur, permettant de prendre des notes manuelles en parallèle et offrant un résumé instantané à la fin de chaque réunion. Cette capacité à fournir des résumés précis a convaincu de nombreux utilisateurs de devenir clients payants. Granola a récemment atteint une valorisation impressionnante de 1,5 milliard de dollars.

Contrairement à certains concurrents, Granola fonctionne de manière discrète, sans alerter les autres participants de la réunion. Cette invisibilité a suscité des inquiétudes quant à la surveillance secrète. Pedregal explique que cette conception résulte des limitations des logiciels de réunion existants, qui compliquent l'intégration de bots tiers. Pour pallier cela, Granola affiche un filigrane animé sur le flux vidéo de l'utilisateur, une solution innovante pour obtenir le consentement des participants.

La confidentialité au cœur de Granola

Granola se distingue par son engagement envers la confidentialité des utilisateurs. Les notes générées par l'application sont privées par défaut, une approche qui ne plaît pas à toutes les entreprises. Selon Pedregal, les entreprises détestent Granola pour cette politique de confidentialité. Les PDG demandent régulièrement l'accès à chaque transcription d'employé, mais Granola refuse de céder à ces demandes. Selon lui, permettre une telle utilisation des données personnelles irait à l'encontre de l'éthique de l'entreprise.

Pedregal envisage un futur où les réunions professionnelles seront transcrites par défaut, avec la possibilité pour les participants de refuser cette option. Il espère que dans les contextes sociaux, la transcription restera optionnelle, préservant ainsi la vie privée des individus.

Vers une gestion éthique des données

Granola explore actuellement la possibilité de supprimer automatiquement les transcriptions verbatim après un certain temps, tout en conservant les connaissances essentielles dans une mémoire de travail. Cette démarche vise à équilibrer l'utilité des données et la protection de la vie privée. L'entreprise teste également des "transcriptions améliorées" conçues pour être utilisées par des agents IA dans le cadre d'une base de connaissances d'entreprise.

Pedregal insiste sur l'importance de concevoir des technologies respectueuses de la vie privée dès le départ. Granola n'a jamais stocké d'enregistrements audio, une décision qui reflète son engagement envers la confidentialité. L'entreprise continue de rechercher des moyens de compresser les données pour réduire l'impact de la conservation des transcriptions sur le long terme.

L'avenir des preneurs de notes IA

Pedregal reste optimiste quant à l'avenir des preneurs de notes IA. Il minimise les craintes de perturbations majeures du marché du travail dues à l'IA, rappelant que l'arrivée des ordinateurs n'a pas entraîné la réduction du temps de travail espérée. Selon lui, la transcription n'est que le début d'une révolution technologique plus vaste, avec de nouvelles interfaces de travail à venir.

Granola, avec son approche éthique et innovante, pourrait bien devenir un outil essentiel dans le paysage professionnel moderne, à l'instar de Slack. Cependant, le défi sera de maintenir cet équilibre entre utilité et respect de la vie privée, tout en naviguant dans un environnement technologique en constante évolution.

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Pedregal dirige actuellement une entreprise d'environ 80 personnes, avec un potentiel de croissance jusqu'à 120 employés. Il a exprimé sa conviction que nous ne sommes qu'à 5 % de cette nouvelle révolution technique, comparant la transcription à l'époque des traitements de texte avant l'arrivée des tableurs et de l'interface graphique.

Chris Pedregal détaille ses choix

Tout capturer apporte une tranquillité d'esprit, même quand on ne relit presque jamais ses notes. À la question de savoir si ce constat vaut pour l'ensemble des utilisateurs de Granola, Chris Pedregal répond y revenir lui-même moins qu'on pourrait le penser. Certaines entreprises, observe-t-il, regarderaient ce chiffre en se demandant comment l'augmenter. Lui estime au contraire que l'oubli, le fait de ne pas revenir sur les choses, est « une fonctionnalité autant qu'un bug ». Le cerveau retient plutôt bien ce qui compte le plus. L'intérêt tient à ce moment où l'on se demande ce que l'on a dit lors d'une réunion : savoir que la réponse est conservée a déjà beaucoup de valeur.

Ce qui a changé, selon lui, c'est l'usage de MCP, la courbe qui progresse le plus vite chez Granola. Les agents disposent de beaucoup plus de cycles, si bien qu'ils retourneront consulter les contenus, une tendance qui ne fera que s'amplifier. Pedregal voit dans les transcriptions une « mine d'or de contexte ». Par défaut, les agents sont très intelligents, mais ils ne savent rien de leur utilisateur. Or les réunions sont nombreuses et parler demande peu d'effort. Il en résulte une exhaustivité contextuelle produite naturellement, que Granola se contente de capturer.

Autre choix de conception marquant : Granola est invisible. Les preneurs de notes IA qui l'ont précédé passaient souvent par l'ajout d'un bot à la réunion, là où Granola enregistre simplement l'audio depuis l'ordinateur portable. Pedregal assure que cette décision n'a pas été prise pour cacher l'outil. Il n'aime pas beaucoup les bots, mais là n'était pas l'objectif de départ. L'équipe tenait avant tout à ce que Granola fonctionne toujours : dans un huddle Slack, une réunion Zoom ou une réunion en personne, il suffit d'appuyer sur démarrer pour que la transcription commence. La seule façon d'y parvenir est d'utiliser l'audio système de l'ordinateur. Les bots lui paraissaient par ailleurs constituer « une force vraiment inélégante et déshumanisante » dans une réunion.

Cette approche a un revers : par défaut, les autres participants ne savent pas que Granola est utilisé. L'entreprise fait donc reposer sur l'utilisateur la responsabilité de prévenir ses interlocuteurs. Pedregal affirme que ce n'est pas vraiment un choix. S'il existait un moyen simple, sans bot, de rendre l'outil visible, Granola l'adopterait : les normes sociales vont de toute façon dans ce sens, et chacun a intérêt à savoir s'il est transcrit ou non. Le problème, selon lui, vient des Zoom et des Meet, qui rendent la chose presque impossible parce qu'ils poussent leurs propres systèmes de prise de notes. Aucun appel d'API ne permet de demander leur consentement à tous les participants d'une réunion. L'équipe a donc dû déployer des efforts considérables.

Le résultat est un filigrane qui apparaît en bas de l'écran lorsque Granola est lancé. Les utilisateurs peuvent activer cette option, et les entreprises qui déploient Granola tendent à la vouloir, par souci de visibilité. La façon de le construire a été, de l'aveu de Pedregal, « un peu folle » : il s'agit en réalité d'une caméra virtuelle installée sur l'ordinateur, et le filigrane est injecté dans le flux vidéo avant que celui-ci n'atteigne Zoom ou Google Meet. C'est le seul moyen de contrôler son apparence et de s'assurer qu'il s'affiche.

Pedregal pense que les normes sociales vont évoluer, que les plateformes de visioconférence donneront plus de contrôle à Granola et que l'on aboutira à un bon équilibre. Il s'attend à un monde où, en réunion de travail, la transcription sera la règle par défaut et où il faudra demander à ne pas être transcrit. Il espère que, dans un cadre social, le défaut restera l'inverse : pas de transcription, sauf si quelqu'un la demande.

Faut-il y voir une acceptation de la critique sur la vie privée ? Pedregal répond que le sujet occupe l'équipe depuis le début. Il cite un autre choix de conception, que personne d'autre n'avait fait à l'époque selon lui : Granola n'a jamais stocké l'audio. L'entreprise a accès à l'audio, pourrait avoir accès à la vidéo, et n'a jamais conservé l'audio, parce qu'elle voulait que Granola ressemble à un bloc-notes. Au départ, elle prévoyait même de supprimer les transcriptions une fois les notes produites. Elle y a renoncé : les transcriptions sont très précieuses, et il faut le matériau d'origine pour régénérer ses notes.

Pour Pedregal, chaque nouvelle technologie oblige à réfléchir aux choix de conception, après quoi la société s'adapte. Il se dit très heureux d'avoir décidé de ne pas stocker l'audio : « c'était la bonne décision ». Granola étudie aujourd'hui la suppression automatique des transcriptions au bout d'un certain temps, pour tous les utilisateurs. Beaucoup de valeur serait perdue, d'où des recherches sur la compression. Personne n'a sans doute besoin de la transcription mot à mot d'une conversation vieille de trois ans, mais on peut vouloir revenir sur cette réunion et en discuter. « Il y a de l'utilité et de l'invasivité », résume-t-il, et il faut naviguer entre les deux.

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