Brief IA : Huawei s'empare du marché chinois des puces IA face à Nvidia

Huawei s'empare du marché chinois des puces IA face à Nvidia

Brief IA
Tom Levy·7 min·5 vues

Huawei cherche à capitaliser sur le retrait de Nvidia pour renforcer sa position sur le marché chinois des puces IA, avec des ventes prévues en hausse de 60% cette année, atteignant environ 12 milliards de dollars. Malgré des obstacles technologiques dus à un accès limité aux technologies d'ASML et TSMC, Huawei pourrait égaler ou dépasser le chiffre d'affaires de Nvidia en Chine, qui dominait le marché à plus de 80% en 2023.

En bref
1Huawei profite du retrait de Nvidia pour accroître ses ventes de puces IA de 60 % en 2023.
2Les sanctions américaines contre Nvidia stimulent l'autosuffisance technologique de la Chine.
3Malgré ses progrès, Huawei reste limité par des capacités de production inférieures à celles de TSMC.
💡Pourquoi c'est importantLa montée en puissance de Huawei pourrait redéfinir l'équilibre mondial dans le secteur des puces IA, affectant la domination américaine.
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Huawei s'impose sur le marché chinois des puces IA

Dans un contexte de rivalité technologique intense, Huawei tente de s'imposer face au géant américain Nvidia. Cependant, l'entreprise chinoise est confrontée à des obstacles majeurs, notamment son incapacité à accéder aux technologies avancées d'ASML et de TSMC.

Profitant de l'absence de Nvidia sur le marché chinois des puces d'intelligence artificielle, Huawei s'engage dans une expansion rapide. Cette stratégie lui permet d'anticiper une augmentation de ses ventes de 60 % cette année, principalement grâce aux grandes entreprises chinoises en quête d'alternatives locales à Nvidia.

Huawei prévoit que ses puces IA génèreront un chiffre d'affaires d'environ 12 milliards de dollars cette année, sur la base des commandes déjà enregistrées. Ce chiffre pourrait atteindre 7,5 milliards de dollars en 2025. Pour la première fois, Huawei pourrait égaler ou même surpasser le chiffre d'affaires de Nvidia en Chine, marquant un tournant historique sur un marché où Nvidia détenait encore plus de 80 % de parts en 2023. Cette évolution signale une dé-américanisation progressive de l'infrastructure IA en Chine.

Les sanctions américaines, un catalyseur pour Huawei

La croissance de Huawei est en partie alimentée par l'essor du marché chinois de l'IA, qui devrait atteindre entre 30 et 35 milliards de dollars d'ici 2026, selon les prévisions de TrendForce et SemiAnalysis. Cependant, c'est surtout le retrait de Nvidia, contraint par les sanctions américaines, qui favorise l'avancée de Huawei.

"La compétition technologique entre la Chine et les États-Unis a des conséquences inattendues mais prévisibles. Les restrictions américaines agissent comme un catalyseur, accélérant la quête d'autosuffisance technologique de la Chine. Le retrait de Nvidia du marché chinois stimule les progrès technologiques d'entreprises comme Huawei, SMIC et CXMT. Le secteur des semi-conducteurs chinois progresse plus rapidement précisément parce qu'il y est contraint", explique Mina Kim, économiste principal chez MKEcon Insights.

Depuis 2022, les États-Unis ont progressivement limité l'accès de la Chine aux puces Nvidia, les plus performantes pour l'IA, en commençant par les modèles les plus avancés avant de cibler également les versions bridées conçues pour contourner les premières sanctions. Cette stratégie vise à freiner les progrès de la Chine en matière d'IA, le pays étant le seul rival potentiel sérieux des États-Unis dans ce domaine, même si cela implique de sacrifier une partie du chiffre d'affaires de Nvidia. Cette approche s'est révélée efficace : des projets comme DeepSeek n'auraient pas vu le jour sans les puces Nvidia obtenues par des moyens détournés.

En réponse, le gouvernement chinois a réagi en cherchant à contourner les sanctions pour maintenir son avance en IA, tout en s'efforçant officiellement de devenir autosuffisant. Pékin a notamment exigé que tous les centres de données financés par l'État utilisent exclusivement des puces IA chinoises et a soutenu Huawei par divers moyens :

  • Subventions pour l'électricité des centres de données utilisant des puces locales
  • Marchés publics orientés vers l'IA chinoise
  • Compétition entre gouvernements locaux avec des exonérations fiscales et des clusters de calcul dédiés

Les défis de Huawei en termes de production

Pour renforcer sa position sur le marché chinois, Huawei mise sur sa nouvelle puce Ascend 950PR, conçue pour l'inférence. Comparée à la puce bridée H20 de Nvidia, la 950PR affiche des performances supérieures et se rapproche de l'architecture Hopper (H100) de Nvidia, lancée en 2022. Cependant, face à la génération Blackwell de Nvidia, la plus récente sur le marché, la 950PR accuse un retard d'une génération en termes de capacités brutes, notamment en bande passante mémoire et pour les charges de travail d'entraînement.

Le principal défi de Huawei réside dans sa capacité à produire en volume. "Huawei visait la production d'un million de puces Ascend en 2025, un objectif qu'elle n'a pas atteint", souligne Antoine Chkaiban, consultant chez New Street Research. Le volontarisme du gouvernement chinois ne peut compenser l'absence d'accès aux meilleures technologies de production, notamment les machines de lithographie d'ASML et la finesse de gravure de 2 nm de TSMC. SMIC, qui fabrique les puces Huawei, est actuellement limité à une gravure de 7 nm.

"Les volumes de production de Huawei restent extrêmement limités par rapport à ce que TSMC peut produire pour les fabricants de puces occidentaux, car Huawei et ses partenaires chinois n'ont pas accès aux outils de lithographie de pointe d'ASML que TSMC a acquis en grande quantité. Huawei n'est donc actuellement même pas en mesure d'approvisionner le marché intérieur chinois, et est loin de pouvoir exporter à une échelle significative", estime Chris Miller, auteur de "La Guerre des semi-conducteurs".

Selon une étude du Council on Foreign Relations, même dans les scénarios les plus optimistes de production de puces IA par Huawei, soit deux millions en 2026 et quatre millions en 2027, l'entreprise ne produirait qu'environ 5 % de la puissance de calcul d'IA agrégée de Nvidia en 2025, tombant à 4 % en 2026 et 2 % en 2027.

"Il est pratiquement impossible pour Huawei de combler cet écart : même une multiplication par cent de la production de puces d'IA d'ici 2027 ne permettrait pas à Huawei d'atteindre la moitié de la production de Nvidia. Parallèlement, la demande chinoise en capacité de calcul IA croît de manière exponentielle à mesure que les modèles gagnent en sophistication, ce qui signifie que la pénurie de puces d'IA du pays va s'aggraver avec le temps, et non s'atténuer", note le laboratoire d’idées.

Pour pallier l’accès au meilleur de la technologie de production, et notamment à la plus grande finesse de gravure, Huawei a misé sur une conception monolithique pour la 950PR. L'ensemble des composants sont concentrés sur une seule puce, par opposition aux architectures multi-puces, qui requièrent des technologies de packaging avancées telles que le CoWoS de TSMC, à laquelle Huawei n’a pas accès. En échange, Huawei accepte des compromis sur la taille maximale de la puce et les taux de rendement.

Un écosystème en construction pour Huawei

La grande question est de savoir si Huawei parviendra à progresser suffisamment vite et fort pour bâtir un écosystème susceptible de rivaliser avec celui de Nvidia, non seulement en Chine mais également ailleurs dans le monde, remettant potentiellement en question l’hégémonie américaine sur les puces. C’est pour l’heure, outre les techniques de production de pointe, ce qui manque le plus à l’entreprise, selon Antoine Chkaiban. "Le retard de Huawei est aussi dû au fait qu’il est dur de faire face à l'écosystème de Nvidia, qui permet à n’importe quel client de déployer et utiliser facilement ses puces. Huawei est obligée de construire son propre écosystème."

Ce qui aurait de profondes implications dans le monde des puces et de l’IA. Les modèles entraînés sur du matériel Nvidia pourraient ne pas fonctionner de manière optimale sur une infrastructure Ascend, et inversement, entraînant une fragmentation au sein de la communauté mondiale de la recherche en IA. Les frameworks d'IA open source comme PyTorch et JAX devraient maintenir un support approfondi pour les deux écosystèmes, sollicitant davantage des équipes de maintenance déjà réduites.

La tâche de Huawei s’annonce en la matière difficile, Nvidia ayant acquis une avance déterminante. "Si Nvidia a perdu la quasi-totalité de ses parts de marché en Chine sur les GPU d'IA haut de gamme, sa domination mondiale demeure solidement ancrée. En s'intégrant verticalement sur l'ensemble de la pile technologique et en s'étendant horizontalement à travers les industries, Nvidia a construit une position mondiale qui sera extraordinairement difficile à déloger", juge Mina Kim.

Néanmoins, la géopolitique pourrait un jour prendre le pas sur la technologie. Pour les pays non alignés ou plus ou moins hostiles aux États-Unis, les puces Huawei pourraient à terme offrir une alternative viable au matériel Nvidia, débarrassé des contraintes liées aux contrôles américains à l'exportation. Les pays ayant du mal à obtenir des allocations de GPUs Nvidia, soit parce qu’ils sont jugés hostiles, soit parce que leurs marchés sont trop petits, pourraient en outre trouver en Huawei un fournisseur attractif.

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