Des chercheurs évoquent des programmes de recherche « anéantis » et un retrait de parrainage, tandis que des étudiants redoutent l’avenir des postes doctoraux. Dans ce contexte de tensions, Terence Tao, professeur à UCLA, décrit un basculement vers une pratique plus industrielle des mathématiques à l’ère de l’IA. OpenAI, de son côté, revendique des résolutions allant jusqu’à 700 problèmes, après avoir ciblé l’équation de Navier-Stokes.
Des travaux perturbés et des carrières incertaines, selon des acteurs du milieu
Le professeur Tristan Buckmaster, à l’Université de New York, affirme que la publication récente d’OpenAI a perturbé le travail des jeunes mathématiciens et qu’« des programmes de recherche entiers » ont été anéantis mardi par cette mise en ligne. En septembre, OpenAI s’est aussi retiré du parrainage d’un « mathathon » d’IA organisé par des étudiants de Caltech, après des plaintes d’un groupe d’académiques plus expérimentés, alors même que l’événement encourageait l’usage de l’IA pour résoudre des équations. Les organisateurs estiment que leurs professeurs sont déconnectés de l’évolution du domaine, et l’un d’eux, Caiman Moreno-Earle, dit ne pas savoir s’il y aura des postes ouverts en école doctorale au moment où leur génération soutiendra sa thèse. La révélation d’une résolution par l’IA de l’équation de Navier-Stokes a parallèlement suscité de l’inquiétude chez des passionnés, tandis que des mathématiciens regrettent l’absence de raisonnement explicité par le modèle, ce qui leur laisse la charge de la vérification. Certains chercheurs et professeurs envisagent déjà leur possible obsolescence.
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Tao décrit un passage à une ère industrielle des mathématiques
Terence Tao juge que les mathématiques quittent une période « héroïque » : avec des outils d’IA capables d’accomplir le travail préparatoire et de traiter des centaines de problèmes via de simples instructions, le quotidien des chercheurs change. Il explique que des équipes de haut niveau se retrouvent à trier de vastes corpus de preuves générées par des systèmes d’IA, plutôt qu’à résoudre eux-mêmes les questions de manière solitaire. À ses yeux, la discipline bascule vers une ère industrielle, à bien plus grande échelle, où des possibilités inédites apparaissent, tout en admettant que certaines choses se perdent et que l’enjeu est aussi spirituel que pratique. Il anticipe que les récits prisés par les amateurs de mathématiques pèseront moins, évoquant les « histoires mythologiques » comme celle d’Andrew Wiles travaillant sept ans en isolement sur une équation difficile, symbole d’un âge perçu comme romantique. Ces déclarations ont été faites lors d’une interview sur Numberphile, une chaîne YouTube dédiée aux mathématiques. Tao, professeur à UCLA qui a soutenu sa thèse à 20 ans, indique que son propre travail évolue dans ce contexte.
OpenAI revendique Navier-Stokes et 700 autres problèmes
OpenAI situe le début de son incursion en mathématiques à la résolution de l’équation de Navier-Stokes, classée parmi les problèmes du millénaire, annoncée début septembre. Plus tôt ce mois-ci, l’entreprise a affirmé avoir résolu 700 problèmes supplémentaires. OpenAI indique par ailleurs prendre des mesures pour que les universitaires humains conservent leur rôle dans cette nouvelle phase.




