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Depuis l'apparition de ChatGPT en 2022, la question de l'emploi est devenue centrale dans le débat sur l'intelligence artificielle (IA). Les avis divergent : certains prédisent une crise majeure, tandis que d'autres voient l'IA comme un moyen d'automatiser les tâches répétitives, libérant ainsi les humains pour des activités plus significatives. Une étude récente, réalisée par l'assureur Coface et l'Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM), et relayée par Le Monde, apporte un éclairage nouveau grâce à une méthodologie novatrice.
À ce jour, l'impact de l'IA en France reste modéré et évolue lentement. Les entreprises se limitent souvent à l'utilisation de chatbots et à des expérimentations contrôlées, hésitant à supprimer des postes ou à réorganiser leurs processus en profondeur. En 2025, seulement 7 % des salariés français utilisaient l'IA générative quotidiennement, tandis que 14 % y avaient recours de manière hebdomadaire.
Cependant, cette tendance pourrait s'accélérer avec le développement de l'IA agentique, qui promet de réaliser de nombreuses tâches de manière totalement autonome.
Les cols blancs et les jeunes en première ligne
Actuellement, 3,8 % des emplois en France sont déjà affectés par l'IA générative, un chiffre qui pourrait atteindre 16,3 % dans les deux à cinq prochaines années, soit environ un emploi sur six. De plus, un emploi sur huit pourrait voir plus de 30 % de ses tâches automatisées.
Les professions les plus vulnérables sont celles des cols blancs, souvent bien rémunérées, car l'IA cible les tâches cognitives et intellectuelles. Contrairement aux révolutions technologiques précédentes qui visaient les emplois intermédiaires et répétitifs, l'IA actuelle menace des secteurs tels que :
- Architecture
- Ingénierie
- Informatique et mathématiques
- Soutien administratif et de bureau
Les métiers créatifs, y compris le design, les médias, les arts et le spectacle, ainsi que le secteur juridique, sont également en danger.
Les jeunes constituent une autre catégorie particulièrement exposée. Alors que certaines entreprises suspendent les recrutements pour automatiser les tâches, les stagiaires et alternants se retrouvent en première ligne.
L’État appelé à agir
Face à ces défis, le gouvernement a mis en place des mesures limitées, telles que l'initiative Osez l'IA, qui vise à former 15 millions de professionnels d'ici 2030. Toutefois, selon Axelle Arquié, économiste et cofondatrice de l’OEM, ces efforts sont insuffisants. Elle souligne : « Il faut commencer à s’inquiéter. Et ce serait bien que les responsables politiques y pensent aussi, et que ce ne soit pas uniquement les gens qui s’inquiètent. »
D'autres experts adoptent une approche plus nuancée. Grégory Verdugo, professeur de sciences économiques à Cergy-Paris Université et chercheur associé à l'Observatoire français des conjonctures économiques, affirme que « les discours alarmistes sont tenus en premier lieu par les promoteurs de ces technologies qui, vu le niveau des investissements, ont besoin de faire perdurer l’idée que ça va être rentable à court terme, et donc qu’il y aura un gros impact. »
Il est crucial de se rappeler que chaque grande vague technologique, qu'il s'agisse de la robotisation, de l'Internet ou des plateformes, a suscité des prophéties catastrophistes qui ne se sont pas toujours concrétisées, ou pas de la manière anticipée.
Néanmoins, les signes d'un changement sont déjà visibles. Plusieurs professions, comme celles des graphistes ou des traducteurs, voient leur activité bouleversée par l'essor de ces outils. D'ici deux à cinq ans, l'IA pourrait menacer un emploi sur six en France, touchant près de 5 millions de travailleurs. Contrairement aux révolutions précédentes, ce sont les métiers intellectuels, créatifs et juridiques qui sont les plus exposés à l'automatisation. Face à ces prévisions alarmantes, les experts appellent à une réaction politique forte pour protéger les jeunes et accompagner la transformation profonde du marché du travail.


