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ChatGPT et IA : un fossé générationnel se creuse dans l'emploi
Trente-trois mois après le lancement de ChatGPT, le Budget Lab de l’université de Yale ne relève aucune rupture dans les statistiques nationales de l’emploi américain. L’IA transforme les métiers plus qu’elle ne les supprime, comme l’ont fait avant elle les ordinateurs dans les années 1980 puis Internet dans les années 1990. Le secteur informatique fait pourtant exception, au détriment des moins de 30 ans.
Les entreprises délèguent à l'IA les missions qui revenaient aux juniors en début de carrière, sans réduire leurs effectifs expérimentés. Le taux de chômage des moins de 25 ans atteignait 21,5 % au quatrième trimestre 2025 en France. 71 % des Américains redoutaient une perte d’emploi permanente liée à l’IA, selon un sondage Reuters/Ipsos d’août 2025. Amazon a supprimé plus de 30 000 postes depuis octobre 2025, Microsoft près de 19 000, en invoquant notamment la transition vers l’intelligence artificielle. Les chercheurs du Budget Lab de Yale ont passé au crible les données mensuelles du marché du travail américain depuis novembre 2022.
« Quel que soit l’angle d’analyse retenu, aucun effet macroéconomique majeur de l’IA sur l’emploi n’apparaît dans les chiffres », résume Martha Gimbel, cofondatrice et directrice exécutive du Budget Lab. Les taux de chômage n’ont pas bougé. La durée moyenne de chômage dans les métiers exposés à l'IA non plus. La recomposition sectorielle suit les mêmes rythmes qu’avant ChatGPT.
Trente-trois mois sans rupture statistique
Pour mesurer l’impact réel de l’IA, l’équipe de Yale a retenu deux indicateurs :
- Le premier mesure la composition par métiers de la population active.
- Le second suit la durée de chômage dans les professions les plus exposées à l’automatisation.
Sur les deux tableaux, les courbes suivent les mêmes trajectoires qu’à l’époque des PC dans les bureaux ou qu’au début des années 1990, quand Internet a reconfiguré une première fois le marché du travail.
L’utilisation de l’IA ne présente aucun lien avec les variations d’emploi ou de chômage, selon les conclusions du Budget Lab. La proportion de travailleurs dans les métiers les plus exposés à l'IA reste stable depuis novembre 2022. L'équipe de Yale n’observe pas non plus de hausse inhabituelle du « churn » occupationnel, soit le rythme auquel les travailleurs changent de métier. Si l'IA automatisait des emplois à grande échelle, ce chiffre devrait grimper : les salariés déplacés prendraient des postes différents, dans d’autres secteurs.
Le Budget Lab note toutefois que le marché du travail américain début 2026 se caractérise par de faibles licenciements mais aussi de faibles embauches, particulièrement chez les demandeurs d’emploi. Le taux de chômage s’établit à 4,3 % en mars 2026, contre 3,4 % au creux post-pandémie d’avril 2023. Les chercheurs signalent cette dynamique sans l’attribuer à l’IA.
L’AI-washing dissimule des licenciements programmés
Sur 1,2 million de suppressions de postes annoncées par les entreprises américaines en 2025, soit près du double du total de 2024, l’IA n’a été citée comme cause que pour environ 55 000 d’entre elles, soit 4,5 %, selon le cabinet Challenger, Gray & Christmas. Ce phénomène porte un nom, l'« AI-washing ». Des dirigeants attribuent à la technologie des réorganisations programmées pour des raisons de marges, de surembauchage post-pandémie ou de pression des marchés financiers. Sam Altman, PDG d’OpenAI, l’a reconnu en février 2026 lors de l’India AI Summit : certaines entreprises « blâment l'IA » pour des licenciements qu’elles auraient de toute façon effectués.
En France, une note de conjoncture de l’INSEE publiée le 24 mars 2026 nuance davantage le tableau global. Dans le secteur informatique, l’emploi des 15-29 ans a reculé de 7,4 % au quatrième trimestre 2025 sur un an, pendant que la valeur ajoutée du secteur continue de progresser. Les entreprises délèguent à l'IA les missions qui revenaient aux juniors en début de carrière, sans réduire leurs effectifs expérimentés. Le taux de chômage des moins de 25 ans atteignait 21,5 % au quatrième trimestre 2025 en France.
Le secteur de l’information envoie par ailleurs un signal inhabituel depuis fin 2025 aux États-Unis. Le Budget Lab observe une hausse des licenciements dans ce secteur depuis décembre 2025, en parallèle d’une remontée des embauches. Des entreprises licencient des profils devenus redondants et recrutent simultanément les compétences nécessaires au déploiement de l’IA.


