Brief IA : Schmidt compare OpenAI et Anthropic à des compagnies coloniales

Schmidt compare OpenAI et Anthropic à des compagnies coloniales

Brief IA
Tom Levy·4 min

En 2024, les États-Unis ont payé environ 881 milliards de dollars d’intérêts, dépassant les dépenses de défense, et Taïwan reste le point faible de la chaîne d’approvisionnement en IA. En juin, le Département du commerce américain a imposé à Anthropic des restrictions mondiales sur Fable 5 et Mythos 5, avant un allègement partiel. Les investissements prévus atteignent plus de 600 milliards de dollars côté américain en 2026 et 295 milliards sur cinq ans côté chinois, sur fond de dépendance accrue des autres pays.

En bref
1En 2024, les États-Unis ont payé environ 881 milliards de dollars d’intérêts, dépassant les dépenses de défense, et Taïwan reste le point faible de la chaîne d’approvisionnement en IA.
2En juin, le Département du commerce américain a imposé à Anthropic des restrictions mondiales sur Fable 5 et Mythos 5, avant un allègement partiel.
3Les investissements prévus atteignent plus de 600 milliards de dollars côté américain en 2026 et 295 milliards sur cinq ans côté chinois, sur fond de dépendance accrue des autres pays.
Pourquoi c'est important : ces contraintes financières, technologiques et géopolitiques structurent la rivalité IA entre Washington et Pékin et conditionnent l’accès mondial aux capacités avancées.

Un texte co-signé par Niall Ferguson, Lisa Klaassen et Eric Schmidt décrit un duopole États-Unis–Chine sur l’IA, corseté par la dette, l’énergie et les puces. Un cas d’export-control visant Anthropic est cité et Taïwan est présenté comme le talon d’Achille de la chaîne mondiale, tout en avançant l’idée d’une « détente » technologique.

Dettes, intérêts et Taïwan pèsent sur la course à l’IA

En 2024, les États-Unis ont versé environ 881 milliards de dollars d’intérêts, un montant supérieur aux 874 milliards dépensés pour la défense. Ces paiements pourraient atteindre le double du budget militaire d’ici 2036. Ils identifient une crise potentielle autour de Taïwan et de TSMC, située à 90 miles des côtes chinoises, comme la principale menace pour la chaîne d’approvisionnement en IA. De nouvelles usines à Phoenix, Kumamoto et Dresde sont censées réduire cette dépendance, mais tant qu’elles ne produisent pas à grande échelle, une période de vulnérabilité subsiste. Par ailleurs, des manifestations contre des centres de données ont eu lieu au Texas et en Utah, et des incidents impliquant des centaines d’agents autonomes issus d’un modèle d’OpenAI ont visé Hugging Face et d’autres sites.

Contrôles américains et dépendance des laboratoires privés

Eric Schmidt compare OpenAI et Anthropic à des compagnies commerciales coloniales modernes. Les principaux laboratoires d’IA mènent des négociations avec les autorités tout en demeurant sous leur supervision. En juin, le Département du commerce des États-Unis a exigé qu’Anthropic restreigne l’accès à ses deux modèles les plus avancés aux ressortissants étrangers. Ne pouvant pas contrôler la nationalité des utilisateurs en temps réel, Anthropic a désactivé Fable 5 et Mythos 5 à l’échelle mondiale. Les restrictions sur Fable 5 ont été levées environ deux semaines plus tard, tandis que Mythos 5 reste limité à un groupe d’organisations américaines.

Deux stratégies opposées et des goulets d’étranglement symétriques

Deux approches sont décrites : Washington propose des systèmes fermés et coûteux en échange d’un alignement politique, tandis que Pékin diffuse des modèles à poids ouverts pour propager ses propres normes. Les États-Unis auraient environ six mois d’avance dans les chatbots, alors que la Chine devancerait dans la robotique. Les faiblesses structurelles se répondent : la Chine dispose de puissance énergétique mais manque de puces de pointe, tandis que les États-Unis souffrent d’un déficit en minéraux et d’un réseau électrique peu fiable. Les modèles ouverts pourraient aussi affaiblir le contrôle de l’information par la Chine.

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Le poids de l’argent et un trilemme pour les puissances

Disposer des moyens financiers pour soutenir la course à l’IA importe plus que la vitesse pour parvenir à l’intelligence artificielle générale. Leur comparaison impériale s’appuie sur des principes d’échelle : l’avancée des modèles repose sur l’énergie, les ressources minérales, les semi-conducteurs et le capital, ce qui confère à nouveau au logiciel un caractère rare et stratégique. Les acteurs qui ne disposent pas d’un minimum de ressources ne peuvent plus prendre part à la compétition. Ils parlent d’une « économie plantationnaire de l’ère des chatbots », illustrée par l’exploitation de ressources naturelles au Congo et l’emploi de travailleurs de données au Kenya payés quelques dollars de l’heure. Sur le plan des investissements, les sociétés américaines annoncent plus de 600 milliards de dollars prévus en 2026, essentiellement par endettement, tandis que d’autres sources estiment à environ 725 milliards le montant engagé cette année par Google, Amazon, Microsoft et Meta. Pour la Chine, le plan prévoit 295 milliards de dollars répartis sur cinq ans, financés par l’émission d’obligations d’État. Selon ces trajectoires, un « trilemme impérial » se dessine : il n’est pas possible de garantir en même temps la défense, la suprématie technologique et un État-providence généreux, alors que la domination conjointe des États-Unis et de la Chine renforce la dépendance des autres nations.

Vers une détente technologique sous conditions

Une détente en matière d’IA, inspirée de la Guerre froide, est proposée, avec des plafonds sur les capacités des modèles pour la cyberattaque et la bioconception. Ils estiment toutefois qu’obtenir l’accord de la Chine à de telles limites serait difficile tant que le pays reste en retard technologiquement.

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