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L’Académie Goncourt a écarté le roman de Thélyson Orélien, tout en disant s’appuyer sur des analyses non détaillées. Dans le même temps, des essais montrent que des détecteurs peuvent se tromper, y compris sur des textes célèbres. Entre méthodes, chiffres et biais, le recours à ces outils dans le champ littéraire reste délicat.
Goncourt acte un retrait et appelle les jurys à refuser les textes assistés par IA
L’Académie Goncourt a exclu le roman de Thélyson Orélien de sa première sélection, invoquant des cas de plagiat. Les membres considèrent également que le livre provient, selon toute probabilité, en grande partie d’une intelligence artificielle. Dans son communiqué, l’institution mentionne des analyses convergentes de chercheurs et de journalistes sans préciser leurs noms ni les outils mobilisés. Elle a également adressé un message à l’ensemble des jurys Goncourt, en France et à l’étranger, indiquant ne pas cautionner la création de textes générés avec l’aide de l’IA. La deuxième liste doit être publiée le 6 octobre, sans autre commentaire d’ici là. Selon ActuaLitté, les jurys du Renaudot et du Femina n’avaient pas annoncé de retrait vendredi. Et pour la professeure Marzena Karpinska, il n’est pas possible d’affirmer avec 100 % de certitude qu’un texte est de l’IA.
Quand la prévisibilité égare les détecteurs, des classiques à des tests récents
De nombreux détecteurs reposent sur la perplexité et classent comme générés des textes jugés trop prévisibles. En mars 2025, Bradley Emi, directeur technique de Pangram, a cité la Déclaration d’indépendance américaine parmi les victimes de ce biais, car massivement apprise par les modèles de langage, ce qui la rend hautement prévisible. Des œuvres de Victor Hugo, largement diffusées et libres de droits, peuvent subir un effet comparable. Sur X, de faux résultats prétendument issus de Pangram au sujet de textes de Victor Hugo ou de Mary Shelley ont circulé. Lors d’un test journalistique, un article rédigé par des agents IA à partir de données sourcées a été classé à 12 % d’IA, puis à 0 % après vérification des faits. Jean-Jacques Dulin rapporte avoir vu Victor Hugo échouer à un test, après avoir soumis le style de dix auteurs français à des critères de détection. Il dit avoir observé des écarts de « score humain » entre écrivains et avance qu’un détecteur mal conçu peut juger suspecte une prose très travaillée. Il n’a pas précisé le logiciel employé, et un lecteur lui a objecté qu’un détecteur de style ne devient pertinent qu’au-delà de 70 à 80 % d’IA dans un texte.
Pangram, son entraînement et ses déploiements chiffrés
Créé en 2023 par Max Spero et Bradley Emi, Pangram a été entraîné sur des paires composées de textes humains et de leurs reformulations par différents modèles d’IA, afin de mesurer des écarts statistiques de style et de vocabulaire. Substack a intégré son classifieur pour analyser des textes de plus de 100 mots. En août, des chercheurs du Pew Research Center ont relevé des marqueurs d’IA sur une page web sur dix après l’analyse de 490 000 pages en anglais avec Open Pangram. Les Décrypteurs de Radio-Canada ont fait passer des chapitres de la Bible ainsi que neuf œuvres majeures de la littérature française, qui ont tous été identifiés comme 100 % humains. Lors d’une expérimentation menée par le JDN, un seul texte parmi 85 écrits par des humains a été incorrectement détecté comme généré par l’IA à hauteur de 70 %, ce texte étant une interview d’abord transcrite automatiquement puis modifiée. Pangram annonce en interne un taux de faux positifs de 0,0026 % pour la langue française, tandis qu’en 2024 Marzena Karpinska a constaté 2 % lors de ses propres essais indépendants, tout en affirmant une forte confiance dans l’outil pour les textes volumineux. Des extraits de Maupassant et de Baudelaire ont également obtenu un score de 100 % humain avec Pangram.
Origine de la polémique autour du roman de Thélyson Orélien
Le 22 septembre, le compte X Balance ton Claude a accusé « C’était ça ou mourir » (Grasset) d’être presque entièrement écrit par une IA, en citant des analyses de Pangram. L’essayiste Samuel Fitoussi a revendiqué être à l’origine de cette remise en cause. Parallèlement, la presse québécoise a signalé plusieurs plagiats dans des écrits plus anciens de l’auteur. Un essayiste a utilisé Pangram pour interroger l’authenticité du roman. Thélyson Orélien, de son côté, nie tout recours à l’IA.





