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Emergent et l'usage de ChatGPT pour des recrutements plus objectifs
Dans le monde de l'entreprise, Mukund Jha, à la tête de la startup Emergent, a opté pour une approche innovante en matière de recrutement. Il utilise ChatGPT pour analyser les transcriptions des entretiens d'embauche, cherchant à compléter et affiner son jugement personnel. Cette méthode vise à réduire les biais potentiels des recruteurs en s'appuyant sur une évaluation algorithmique.
Pour chaque embauche, Mukund Jha compile un dossier détaillé. Celui-ci inclut la transcription intégrale de l'entretien, le prompt utilisé pour interroger ChatGPT, ainsi que la note générée par l'IA. Ces éléments sont ensuite comparés aux évaluations humaines. Avec une équipe de plus de 100 salariés et l'objectif d'embaucher 30 ingénieurs supplémentaires d'ici la fin mars, Jha souhaite généraliser cette approche dans tous les processus de recrutement d'Emergent.
Emergent affiche des revenus récurrents annuels de 100 millions de dollars, seulement huit mois après son lancement. La startup a également levé 70 millions de dollars en Série B, soutenue par des investisseurs tels que Khosla Ventures, SoftBank Vision Fund 2 et Lightspeed.
L'impact des législations sur l'usage de l'IA dans le recrutement
L'utilisation de l'IA dans les ressources humaines n'est pas un phénomène isolé. Selon la Society for Human Resource Management (SHRM), un quart des entreprises avaient déjà intégré l'IA dans leurs processus RH en 2024. À New York, la loi 144, en vigueur depuis 2023, impose des audits annuels pour détecter les biais dans les outils automatisés utilisés dans l'emploi. En Europe, l'AI Act classe le recrutement comme une activité à haut risque, nécessitant une attention particulière.
Dans ce contexte, Mukund Jha compare les résultats obtenus par ChatGPT avec les évaluations de ses équipes. Parfois, l'IA identifie des détails que les recruteurs humains ont manqués, et parfois c'est l'inverse. Cette double évaluation vise à garantir une objectivité accrue dans le processus de sélection.
Les enjeux de la transparence et de la conservation des données
Mukund Jha veille à garder une trace précise de chaque recrutement. Chaque dossier contient la transcription de l'entretien, le prompt envoyé à ChatGPT, et la note attribuée par l'IA. Ces dossiers servent également à justifier les décisions de refus face aux candidats.
Cependant, la question de la conservation des données se pose. OpenAI supprime les conversations temporaires après 30 jours dans son interface grand public, mais les échanges via API ou Enterprise sont soumis à des règles différentes. Les candidats ne savent pas toujours où finissent leurs données, et aucune législation n'oblige les employeurs à les en informer. Les conditions d'utilisation d'OpenAI stipulent que les utilisateurs conservent la propriété de leurs données, bien que l'entreprise puisse les utiliser différemment lorsqu'elles sont soumises via API.
Le rôle du langage dans l'évaluation par l'IA
L'évaluation par ChatGPT repose sur l'analyse du texte, sans considération pour l'apparence ou le comportement physique du candidat. Cependant, le langage utilisé peut refléter des biais sociaux ou ethniques. Lorsque Mukund Jha demande à ChatGPT d'évaluer la "clarté" ou l'"honnêteté intellectuelle", le modèle s'appuie sur une vaste base de données textuelles pour formuler une réponse.
Un candidat qui s'exprime de manière directe pourrait être désavantagé par rapport à un autre qui utilise un langage plus élaboré. Les recherches menées par des universitaires de Cambridge montrent que les grands modèles de langage peuvent associer certains styles d'élocution à des compétences perçues, introduisant ainsi des biais sociaux et ethniques.
L'impact de l'IA sur la culture d'entreprise
En partageant sa méthode, Mukund Jha impose indirectement un filtre aux candidats. Ceux qui ne sont pas à l'aise avec l'idée qu'une IA évalue leur entretien pourraient ne pas correspondre à la culture d'entreprise d'Emergent. D'autres outils spécialisés, comme HireVue ou Eightfold, intègrent déjà des audits et fournissent des explications aux candidats. Emergent, en revanche, privilégie une approche plus flexible et moins formelle.
Des figures de l'industrie, telles que Becky Frankiewicz de Manpower Group, soulignent que l'IA peut traiter les CV plus rapidement et apprendre à éviter les biais. Nathalie Scardino de Salesforce met en avant l'importance du jugement humain pour évaluer la capacité d'apprentissage des candidats. Julie Sweet d'Accenture a déjà intégré l'IA dans les processus de promotion interne.
Tant que la législation ne sera pas plus stricte, l'IA continuera de jouer un rôle dans les décisions de recrutement, soulevant des questions sur son impact à long terme sur les pratiques RH.
